Cinq films pour comprendre... la dérive technologique

Les questions éthiques autour des données personnelles ou de l'intelligence artificielle sont au coeur de films et séries intrigants, parfois dérangeants. Parmi eux: "Ex Machina" autour de la notion de "singularité" des machines.

Ciné, séries, docus: tous les moyens sont bons pour comprendre les grands thèmes qui agitent l’actualité. Si vous cherchez la loupe grossissante qui vous fera plonger au cœur des sujets brûlants d'aujourd'hui, c’est ici...

Dans le second tome de son best-seller mondial, "Sapiens: homo deus", Yuval Noah Harari ne laisse aucun doute: l’humain robotisé ce n’est pas pour demain, mais pour aujourd’hui. Libre-arbitre aux orties, traçage à la Big Brother et transhumanisme à gogo... Mais où va le monde? Réponse en images: dans le big data, pardi!

1. "The Social Network" (film, 2010)

De David Fincher, avec Jesse Eisenberg, Andrew Garfield, Justin Timberlake…

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Il y a déjà 10 ans, David Fincher nous montrait l’égo maladif à l’œuvre derrière Facebook. Sous des dehors de progrès social, de "lol attitude" et de fraternité, une frustration était à l’œuvre: celle d’un étudiant avide de pouvoir et de petites pépées. En promulgant son moi démultiplié à la face du monde, sur une jolie petite page bien agencée, l’humanité commettait le péché d’orgueil à grande échelle. Et ça ne faisait que commencer…

"The Social Network" (Columbia Pictures, 2010)

2. "Ex Machina" (film, 2015)

D’Alex Garland, avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac…

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Au cœur du débat sur l’avenir des machines (et comment celles-ci sont en train de prendre le pouvoir sur de pauvres mammifères naïfs et dépassés): la singularité. Soit l’instant précis où ladite machine (baptisée intelligence artificielle pour faire joli) prendra le pas sur le vivant, l’asservira sans arrière-pensée et continuera sa mission d’expansion (éventuellement en l’anéantissant). Pour illustrer cette riante réalité imminente, nous voici dans la demeure secrète d’un jeune milliardaire, génie d’internet, qui invite son meilleur ingénieur pour une petite expérience, en compagnie d’une mystérieuse jeune femme. Peut-être pas si jeune, et peut-être pas non plus tout à fait femme

"Ex Machina" (Universal Pictures, 2015)

3. "Black Mirror" (série, 2011-2019)

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Si vous voulez un aperçu de l’avenir, pas besoin d’avoir recours à la boule de cristal de Madame Irma, il suffit d’appuyer sur le bouton Netflix. Le plus glaçant, c’est bien sûr de revoir les épisodes de 2016, qui nous frappaient à l’époque, mais dont la (noire) réalité est déjà loin, comme celui qui nous promettait des appréciations interpersonnelles sur 5 étoiles, lesquelles allaient tout décider de notre statut, donc de nos vies… Ici, tout est en place pour vous faire entrer de plain-pied dans le réel qui nous attend, quoi qu’on fasse: couples créés par la machine, réalité augmentée où passer l’éternité, prisons virtuelles avec torture numérique pour expier… Bienvenue dans la matrice. Merci de vous essuyer les pieds (sur ce qu’on appelait "humanité").

"Black Mirror" (Netflix 2011-2019)

4. "Citizenfour" (documentaire, 2014)

De Laura Poitras.

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Un jeune homme prisonnier d’une chambre d’hôtel de Hong-Kong. Des journalistes aux mines atterrées. Est-il fou, le jeune homme? Ou alors très courageux, et très, très bien informé? Il prétend que l’Amérique espionne chaque citoyen du monde moderne, en bafouant toutes les lois sur la liberté. Le nom du jeune homme: Edward Snowden. Ce documentaire récompensé par l’Oscar donne froid dans le dos. Chaque téléphone, même éteint, vous écoute. Il peut être activé a posteriori. Tous vos courriels sont conservés, décorticables. Tous vos déplacements, connus. Pour faire de vous un individu dangereux qu’il faut à tout prix priver de liberté, il suffira de se pencher. Édifiant, terrible, le film prend un nouveau poids en cette période de crise sanitaire où tous les prétextes sont bons pour faire de nous des moutons de Panurge. Ou des rats de laboratoire.

"Citizenfour" (HBO, 2014)

5. "Brexit" (téléfilm, 2019)

De Toby Haynes, avec Benedict Cumberbatch.

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Dans ce téléfilm britannique, ce qui nous intéresse, outre la performance de Cumberbatch en Dominic Cummings (l’éminence grise de Boris Jonhson), c’est comment il fit pencher la balance pro Brexit en faisant appel à Cambridge Analytica, une société "d’analyse de données" – traduisez: manipulation sur les réseaux sociaux. Pour convaincre les indécis, on leur envoie des messages cryptés sécuritaires… et le tour est joué. Un film qui donne envie de retirer immédiatement le droit de vote au troupeau hautement manipulable que sont les adeptes des réseaux sociaux. C’est-à-dire nous tous…

"Brexit" (HBO, 2019)

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