"Cinquième set" | Les honneurs du Court Central

Alex Lutz dans "Cinquième set". ©Marie-Camille Orlando

Avec "Cinquième set", Alex Lutz nous propose le portrait d’un tennisman à la conquête de lui-même…

Prof de tennis dans le club de sa mère, Thomas, bientôt quarante ans, espère encore… Ses copains professionnels se recyclent. Sa femme, ancienne joueuse, essaie de l’orienter vers une possible fin de carrière, tout en respectant la passion de cet ancien enfant prodige. Parce qu'avec une demi-finale à Roland Garros, 18 ans plus tôt, Thomas avait atteint le presque sommet.

Le tournoi mythique lui offrira-t-il cette année une "wild card", qui lui permettrait d’intégrer le tableau masculin? Avec sa place de 245e mondial, c’est sa seule chance d’éviter les fameuses qualifications. 128 gars affamés venus de tous les pays du monde, qui se battent pour quelques places seulement dans le tableau final… où ils seront très certainement balayés par les vraies stars. Mais quand on aime…

Bien filmer le sport de très haut niveau, c’est très difficile. Et le tennis ne fait pas exception à la règle. À part pour "Wimbledon" (2004, avec Paul Bettany et Kirsten Dunst), peu s’y sont risqués.

Bien filmer le sport de très haut niveau, c’est très difficile. Et le tennis ne fait pas exception à la règle. À part pour "Wimbledon" (2004, avec Paul Bettany et Kirsten Dunst), peu s’y sont risqués. Car soit vous "illustrez" une carrière connue en mode documentaire et le public a du mal à vous suivre puisque l’enjeu dramatique est mince (l’issue des matchs est connue), soit vous imaginez un nouveau joueur star, mais qui souffrira d’un évident déficit d’identification – puisque vous venez de l’inventer.

Éternel outsider

La solution, la voici: l’éternel outsider. Le laissé-pour-compte, le paria, le (quasi) inconnu. Le tennis, alors, ne sera "que" le décor, le contexte, l’arène. Le véritable enjeu sera psychologique, tragique. Ce qui, paradoxalement, pourra faire exister le tennis. Les harmoniques, parfois, laissent une empreinte aussi profonde que la mélodie.

Le jeune réalisateur, ex-joueur, nous en donne pour notre argent en privilégiant un point de vue "sur le court", à hauteur d’homme.

Autre très bonne idée: Alex Lutz. Qui aurait pu imaginer que le César du meilleur acteur 2019 surprenne tout son monde en troquant les oripeaux d’un chanteur yéyé de 70 ans ("Guy") pour enfiler une paire de tennis et fouler l’ocre de la Porte d’Auteuil? Certes, on avait déjà aperçu Lutz dans les gradins de Roland Garros les jours de grands matchs mais il n’avait jamais touché sérieusement une raquette. Après 4 mois à raison de 4 heures par jour, le voici crédible sportivement. Et surtout très attachant humainement. Car l’exploit – ou l’échec – sportif servira bien sûr ici de loupe dramatique.

Sur le court

Et le cinéma dans tout ça? Il trouve sa place. Le jeune réalisateur, ex-joueur, nous en donne pour notre argent en privilégiant un point de vue "sur le court", à hauteur d’homme. Les amateurs de la balle jaune apprécient lorsque les captations télévisées privilégient, plutôt que le point de vue omniscient en plongée, une caméra placée derrière le joueur, où on sent réellement le poids du lift de Nadal ou les angles hallucinants créés par Federer. C’est cette réalité-là qu’on nous partage ici.

Bande-annonce "Cinquième set"

Derrière cette ligne, on subit pour de bon. Derrière cette ligne, on sent que le tennisman – seigneur d’un château bien éphémère – protège réellement son camp. Et Quentin Reynaud de nous les montrer parfois comme de vrais cogneurs, de vrais boxeurs, capables de se livrer jusqu’à l’explosion. Il reconstitue parfaitement l’ambiance délétère des "courts annexes" de Roland Garros, leurs étroits gradins à moitié vides, où souvent la grâce s’invite aussi bien que sur les courts prestigieux. Thomas parviendra-t-il à conquérir à nouveau les honneurs du Court Central (et à donner du sens à sa vie)? Vous le saurez en découvrant cette très bonne surprise.

Drame

"Cinquième set"

De Quentin Reynaud, avec Alex Lutz, Ana Girardot, Kristin Scott Thomas…

Note de L'Echo: 4/5

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