Costa-Gavras si près et si loin du compte

©Wild Bunch

Avec les meilleures intentions, un sujet en or et un point de vue original, Costa-Gavras signe un film souvent surjoué et long comme un jour sans pain.

Grèce, 2015. Les élections ont amené au pouvoir un gouvernement très à gauche, qui va essayer de renégocier avec l’Europe le plan d’austérité imposé au pays quelques années plus tôt. Alexis Tsipras, le Premier ministre, et Yanis Varoufakis, son ministre des Finances, vont-ils réussir à humaniser le contact avec les pontes français et allemands de l’Eurogroupe? La lutte commence…

En matière de cinéma, il ne faut pas confondre les intentions avec le film. Ni la pertinence du thème, avec le résultat à l’écran. Le cas d’"Adults in the room" est un cas d’école: urgent dans son propos (dans le contexte du Brexit), passionnant dans les réalités qu’il soulève, il est d’une grande maladresse dans la forme: séquences barbantes, musique invasive, découpage paresseux et acteurs en roue libre.

D’une grande maladresse dans la forme, le point de vue développé par le maître Costa-Gavras est pourtant salutaire.

Pourtant, le point de vue développé par le maître Costa-Gavras est salutaire, car il nous déconstruit une histoire qu’on croyait connaître, pour nous la raconter d’une toute autre (et passionnante) façon… Quand frappe la crise de 2008 et que se grippe la pompe où tout l’univers libéral se désaltérait, les gros buveurs cherchent un bouc émissaire. Et ils le trouvent: un petit pays européen qui, comme tout le monde, a joué le jeu (avec certes quelques grosses maladresses).

Adults in the Room

Pas un film bêtement antieuropéen

On va alors inventer un récit plausible pour l’opinion publique mondiale: il était corrompu, et le voici puni. Car il faut une logique (la loi de cause à effet n’a-t-elle pas été inventée en Grèce, il y a 25 siècles?) dans un système économico-politique où ne règne en fait que la loi du plus cynique, du plus opportuniste, du plus prompt à tolérer un système où seuls les forts seront renforcés, jusqu’à la fin des temps.

"Adults in the room"

De Costa-Gavras

  • Note : 2/5

Avec Alexandros Bourdoumis, Christos Loulis, Ulrich Tukur, Josiane Pinson…

Ou pour le dire autrement: quels que soient le contexte et les beaux discours, tout revient toujours, quand on réduit les éléments de l’équation, à un insupportable rapport de force. D’autant plus insupportable qu’il est ici imposé dans les coulisses, et par des États comme la France ou l’Allemagne.

Dans le contexte sociopolitique actuel, et malgré ses limites en tant qu’objet cinématographique, le film pose quelques questions cruciales. L’Europe est-elle un projet superbe, indispensable, ou au contraire une institution sclérosée, servie par des technocrates robotiques? Le vote du peuple est-il une mascarade, dans la mesure où les élus, dans l’alcôve de négociations moins médiatisées, manipulent et intimident comme des maffieux?

Pourtant, Costa-Gavras ne signe pas ici un film bêtement antieuropéen: que du contraire, il nous montre le combat de deux hommes pour qui leur petit pays en souffrance doit à tout prix rester dans la zone euro. Mais avec un peu de décence.

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