Des ours et des hommes

Un film d’animation dans la lignée du travail de Michel Ocelot: faire réfléchir en proposant d’autres modèles de pensée. ©Prima Linea Productions

Conte philosophique déguisé en dessin animé familial, le pari de Lorenzo Mattotti est réussi.

Un saltimbanque prend refuge dans une grotte. Pour échapper aux ours qui peuplent les lieux, il entreprend de leur conter une histoire… En Sicile, il y a très longtemps, Léonce le roi des ours perd la santé, après avoir perdu la trace de son fils Tonio en jouant avec lui dans une rivière. Il décide d’aller jusque chez les hommes pour retrouver Tonio, mais les hommes ne sont pas à la hauteur de ses attentes. Qu’importe, il conquiert alors la Sicile, avec l’aide d’un magicien excentrique, et retrouve son fils. Les hommes et les ours vivent ensemble désormais… Mais jusqu’à quand ce fragile équilibre va-t-il tenir?

"La fameuse invasion des ours en Sicile"

Note : 4/5

De Lorenzo Mattotti, avec les voix de Leïla Bekhti, Thomas Bidegain, Jean-Claude Carrière, Arthur Dupont…

De temps en temps le cinéma nous offre une petite merveille comme celle-ci. Un film qui comporte certainement quelques défauts, un film parfois trop foisonnant, parfois un rien symbolique, et doté d’une seconde moitié plus "politique" que certains esprits fâcheux reprocheront à un film dit "pour enfants". Mais c’est le risque à prendre pour proposer, en plus du merveilleux, de la poésie, et des somptueuses images, un certain contenu.

Nous sommes ici dans la lignée de Michel Ocelot qui, avec "Kirikou" (et ses deux suites) nous a livré des films denses, qui recelaient – en plus de tous les ingrédients "obligatoires" (enfants, couleurs, personnages forts) – les vertus cathartiques du conte africain. Ensuite, avec "Azur et Asmar" il nous invitait carrément à une réconciliation entre occident et orient, avec l’accent mis sur la tolérance, et l’intérêt de la double culture.

Dans cette "Fameuse invasion des ours…" on surfe sur la même vague: faire réfléchir en proposant d’autres modèles de pensée. L’adaptation du conte de Buzzati est signée par le scénariste attitré de Jacques Audiard, Thomas Bidegain. Qui a pris soin de placer subtilement le curseur qui va du réalisme à l’imaginaire, afin de nous permettre de partager à la fois une aventure excitante, un voyage esthétique, et une expérience symbolique puissante.

La fameuse invasion des Ours en Sicile

Dino Buzzati (1906-1972) est une institution en Italie. Dans son roman culte "Le désert des Tartares" il fustige, comme ici, la bêtise liée au pouvoir et à l’ambition des hommes. Ses nouvelles fantastiques ("L’écroulement de la Baliverna", "le K") sont autant de prétextes à dénoncer le progrès technologique déshumanisant, ou la perte du contact avec la nature. On comprend donc que notre époque ait eu envie de s’emparer de son univers. Pour des raisons de budget, Mattotti a conçu un travail par à-plats, en 2D, plutôt qu’en 3D. Bien lui en a pris, car le résultat est d’autant plus fort: ces grandes étendues de couleur pure nous ramènent sans arrêt à l’enfance, mais aussi au plaisir des sens, et viennent contrebalancer un propos qui confrontera le public adulte, avec des interrogations d’une grande actualité. Mais qu’avons-nous fait au lieu d’écouter les ours qui sommeillent en nous?

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