Des "Watchmen" hors du droit chemin

"Watchmen" va bien au-delà de la simple adaptation du roman graphique d’Alan Moore et Dave Gibbons. ©HBO

L’une des adaptations les plus casse-gueule du petit écran débarque ce dimanche, HBO aux manettes. Avec "Watchmen", la série de super-héros redéfinit ses codes. Il était temps.

Dévoilée ce dimanche sur HBO (et simultanément chez nous sur Be tv), la nouvelle série de superhéros "Watchmen" est attendue au tournant, à la fois par les fans de ce que beaucoup considèrent comme l’un des meilleurs romans graphiques de tous les temps, et dont s’inspire la série, et par les amateurs du genre en quête d’un renouveau. No pressure. David Lindelof, aux commandes de l’adaptation, a d’ailleurs dû être travaillé au corps par HBO pour accepter de revisiter la saga canonique de DC comics.

"Watchmen"

Sur HBO (Be TV)

Note: 5/5

Crée par Damon Lindelof, avec Regina King, Don Johnson, Tim Blake Nelson…

C’est sous la forme d’une extrapolation de l’univers des livres (pas d’une suite, d’un préquel, ni d’un reboot) que Lindelof a trouvé un compromis pour respecter l’œuvre de 1986 tout en laissant la possibilité à un nouveau public de s’approprier l’univers imaginé par Alan Moore et Dave Gibbons: la série évolue dans le monde de "Watchmen" ayant vieilli de trente ans. La majorité des personnages et l’intrigue appartiennent donc à une nouvelle génération, tandis que les fondations originales demeurent intactes.

Tout démarre à l’occasion d’un contrôle de routine, quand est avérée la résurgence d’un groupuscule terroriste, la 7e Cavalerie, sorte de KKK contemporain masqués de taches de Rorschach (un détail qui donnera du grain à moudre aux connaisseurs du comic book). Leur traque, notamment menée par l’inspectrice Angela Abar (Regina King, ardente), alias Sister Night, donnera son point de départ à une intrigue tentaculaire.

Si "Watchmen" génère tant d’attentes, c’est aussi que la série débarque dans un paysage qui ne se gêne pas pour redéfinir les codes de la fiction superhéroïque: remèdes actuels à une certaine fatigue vis-à-vis des héros infaillibles, à la fantasmagorique "Legion" (FX, en Belgique sur Be TV) et l’insolente "The Boys" (sur Amazon Prime) s’ajoute désormais "Watchmen". La série s’inscrit dans cette veine en rendant poreuse la frontière entre le bien et le mal, en faisant de la colère une arme légitime, et en confrontant sans cligner des yeux une intrigue racialement chargée.

Bande-annonce

Récit exigeant

Après "Lost" (qui, avant de se tirer une balle dans le pied, était l’une des séries les plus percutantes de sa génération) et la sublimissime "The Leftovers", David Lindelof réalise donc à nouveau une série à la mythologie épaisse et à l’onirisme déroutant.

C’était quand, déjà, la dernière fois qu’une série vous a défié?

Esthétiquement magistrale (le sixième épisode mérite un prix à lui seul), "Watchmen" est une expérience exigeante en neuf épisodes manifestement pensés dans le refus du prêt-à-binge-watcher, au point parfois de surjouer le récit décousu, sérieux et cryptique, réclamant paradoxalement une réelle attention et un lâcher-prise absolu. C’était quand, déjà, la dernière fois qu’une série vous a défié?

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