Diego Maradona, l'homme-enfant devenu le messie napolitain

Diego Maradona, objet d’un film par le réalisateur d’"Amy", Asif Kapadia. ©cineart

Asif Kapadia, Oscar du meilleur documentaire pour "Amy", nous immerge dans l’effervescence d’un championnat de football et retrace la vie quotidienne d’un génie du sport, Diego Maradona.

Naples, 1984. Grâce à des images jamais vues prises depuis le bord du terrain, Asif Kapadia, Oscar du meilleur documentaire pour "Amy", nous immerge dans l’effervescence d’un championnat de football. En parallèle, des archives ininterrompues retracent la vie quotidienne d’un génie du sport. Pas une seule interview récente ne vient interrompre la tension: seules les voix, souvent d’époque, participent à l’immersion. Nous voici en présence d’un être humain exceptionnel. De fraîcheur, de candeur, de franchise, et doté d’une habilité incomparable un ballon au pied, complétée d’une force de vie, de celles qu’on se forge quand on est né dans une favela de Buenos Aires. Et qu’on a charge de famille (dont quatre grandes sœurs), depuis l’âge de 14 ans.

"Diego Maradona"

Documentaire d’Asif Kapadia, en salles ce mercredi. Note: 5/5.

L’intelligence du documentaire est de se concentrer sur les années napolitaines. Entre 1984 et 1991, Diego Maradona fait passer le club campanien de la fin du classement aux sommets: le championnat italien (1987, 1990) et la Coupe de l’UEFA (1989). Entre-temps, il aura permis à une équipe nationale hésitante de remporter la compétition ultime: le Mondial 86.

DIEGO MARADONA Bande Annonce (Cannes 2019) Documentaire

"Merci Dieu"

Ça c’est pour le sport. Mais le film nous montre surtout un homme. Et ce portrait résonne à bien des niveaux, sociologiques, voire politiques. Naples, ville pauvre mais riches d’individus, d’ambitions, une terre méprisée par cette Italie qui se cherche une modernité. Grâce à son lutin surdoué, Naples devient le symbole de ce David défiant Goliath et qui donne pour un instant une aura mystique à l’opprimé. D’où les chapelles votives qui parsèment la ville, et qui proclament sans ironie: "Merci Dieu pour Maradona".

C’est à la colonisation, non d’un continent mais d’un individu, que nous assistons par le biais du football.

A un niveau politique, comment ne pas voir dans cet enfant d’une infinie douceur bientôt rattrapé par la drogue, la fête, la foule, le symbole de la lutte inégale entre un occident sûr de lui, triomphant, et l’innocence des peuples premiers? C’est à la colonisation, non d’un continent mais d’un individu, que nous assistons par le biais du sport le plus populaire de la planète. Bientôt Maradona troquera la pureté pour le mépris, la morgue, devenant la figure archétypale de "celui qu’on adorait", devenu "celui qu’on adore haïr". Le sport du plus haut niveau est devenu sous nos yeux de décor parfait du plus pur des drames antiques.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect