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"Eiffel" | L’amour en haut de la Tour

"Eiffel" nous montre un ingénieur têtu, bosseur, vrai chef d’entreprise qui veut des "hommes de bonne volonté et sans vertige" pour construire la Tour. ©Pathé Films

Afin de captiver le grand public avec la genèse de la Tour Eiffel, le réalisateur Martin Bourboulon a imaginé une histoire d’amour qui fait passer Gustave Eiffel pour un grand romantique.

Le monument le plus symbolique de Paris et le plus visité méritait certainement un film. Et celui-ci a mis, semble-t-il, une vingtaine d’années à se concrétiser. À l’époque du premier jet du scénario, on aurait pu, sans doute, songer à Romain Duris pour les nombreuses séquences où Eiffel apparaît dans ses jeunes années mais certainement pas à Emma Mackey qui, elle, n’a que 25 ans.

Le premier reproche que l’on peut faire au film, donc, c’est d’avoir choisi ces deux acteurs ayant 22 ans d’écart pour incarner un couple d’amants du même âge. Duris, 47 ans, peut encore faire un tout petit peu illusion en jeune homme mais Emma Mackey (connue pour la série "Sex Education") ne convainc pas en femme de 40 ans, l’âge auquel son personnage retrouve son amour de jeunesse. La romance présumée entre Gustave Eiffel et Adrienne Bourgès, jeune noble bordelaise, parcourt tout le film. Et on l’a trouvée passablement gnangnan.

La romance présumée entre Gustave Eiffel et Adrienne Bourgès parcourt tout le film. Et on l’a trouvée passablement gnangnan.

Redonner la fierté aux Français

On admet qu’un long métrage d’une heure cinquante uniquement consacré à l’édification de la Tour Eiffel, de sa conception à sa réalisation, aurait été plus ou moins ennuyeux, sauf pour ceux et celles qui ont fait Polytechnique. Mais il y avait un contexte historique passionnant qui n’est, ici, qu’effleuré. Après la défaite de Sedan en 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, les Français avaient le moral en berne. Sur une idée de Jules Ferry, on lança le projet de l’Exposition universelle de Paris qui devait coïncider au centenaire de la Révolution française. Il s’agissait de redonner du lustre à la République et de la fierté aux Français.

Gustave Eiffel répondit à l’appel à projets en proposant une tour métallique de trois cents mètres de haut et pour laquelle il avait imaginé un système ingénieux pour qu’elle ne s’affaisse pas en bord de Seine. Jusque-là, Eiffel était connu pour avoir conçu la structure interne de la Statue de la Liberté à New York. Si son projet l’emporta, c’est, nous dit le film, parce qu’il incarnait la modernité. Plus, certainement, que le palais du Trocadéro bâti à peu près à la même époque, entre 1887 et 1889. Si Eiffel convainc les différentes commissions et les financiers, c’est parce qu’il est capable et possède un certain bagout et des appuis précieux, notamment auprès d’une certaine presse.

Elle n’a, malheureusement, inspiré aucune scène réellement spectaculaire au réalisateur de cette œuvrette.

Cependant, et cela le film de Bourboulon n’en fait aucune mention, dès le début des travaux, Eiffel est pris en grippe par les artistes et non des moindres: Alexandre Dumas, Charles Gounod, Charles Garnier et Guy de Maupassant s’opposèrent farouchement au projet de cette Tour (infernale) qu’ils trouvaient hideuse.

Sans vertige

"Eiffel" nous montre un ingénieur têtu, bosseur acharné, vrai chef d’entreprise qui veut des "hommes de bonne volonté et sans vertige" pour construire la Tour. Un édifice qui, selon le film, forme la lettre A comme Adrienne, la dulcinée de Gustave… La Tour n’était pas censée survivre à l’Exposition universelle de 1899. Elle n’a, malheureusement, inspiré aucune scène réellement spectaculaire au réalisateur de cette œuvrette qu’on aurait pu aussi appelée "Sans vertige". Cependant, chez les Français qui seraient atteints par le sentiment zemmourien de déclassement, "Eiffel" ravivera la nostalgie d’une France qui innovait et rayonnait dans le monde.

Bande-annonce "Eiffel"

Drame/romance

“Eiffel”

Par Martin Bourboulon

Avec Romain Duris, Emma Mackey, Pierre Deladonchamps...

À voir à partir du 13 octobre 2021

Note de L'Echo:

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