Elton John for Dummies

©BELGAIMAGE

Alors que sa tournée d’adieu a fait escale, jeudi dernier, au Sportpaleis d’Anvers, Elton John, 72 ans, se voit gratifié d’un biopic distrayant et plein de paillettes. Mais pour les affres et les démons, on repassera.

Londres début des années 50. Ce petit garçon a l’air doué pour la musique: il arrive à imiter les pubs qui passent à la radio, devant sa grand-mère radieuse. Quelques années plus tard, même topo en débarquant à la Royal Academy of Music: le jeune Reggie refait à la perfection la toccata jouée par la prof. Bientôt le petit singe savant découvre le rock, mais cette âme d’artiste vit dans un corps boudiné et anonyme. Alors, on change de nom, on met des couleurs vives, on commence à assumer sa sexualité. Et, surtout, on fait la rencontre d’un certain Bernie Taupin, auteur de textes à la hauteur des mélodies sublimes qui éclosent comme par enchantement. Les producteurs finissent par envoyer les deux cocos en Californie, pour voir si ça peut coller… Elton n’était sans doute pas encore prêt pour l’Amérique. Mais l’Amérique, elle, était prête pour Elton…

Subversion à bon compte

Question: après Freddy Mercury dans "Bohemian Rhapsody" (900 M$ de recettes mondiales), pourquoi notre époque recycle-t-elle les icônes pop-rock contestataires des années 70/80 en de gentils biopics, hyper grand public et pleins de bons sentiments? La réponse est dans la question: les colossales retombées au box-office.

"Rocketman"
  • Note : 3/5
  • De Dexter Fletcher
  • Avec Taron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden, Bryce Dallas Howard…

 

Mais pas seulement: ce qui commence à devenir une mode nous en dit aussi beaucoup sur nous. Plutôt que d’être sensibles à l’esprit d’une époque où tout était transgression – avec dérives sexuelles et hallucinogènes permanentes –, nous nous contentons de l’extérieur du phénomène: des tubes, de beaux costumes. Et un canevas confortable sur le mode: un pauvre garçon tout normal – mais doué pour la musique – deviendra-t-il la star que tout le monde connaît… depuis 50 ans?

Le film commence par un détour. Car l’Elton John qu’on veut nous raconter n’est pas celui d’aujourd’hui, à savoir l’homme sage anobli par la reine, avec petit chien et dos fragile, cet homme qu’on a envie de chouchouter au coin du feu en espérant qu’il s’asseye douillettement au piano et égrène ses tubes… Figurez-vous que cet homme-là a d’abord été un mal-aimé et un rebelle!

Les dix premières minutes ne nous épargnent aucun cliché. Le petit enfant en costume, tout mignon et dents écartées, adulé par sa mère mais ignoré par son père… L’homme fait qui se rend, au ralenti et en ombre chinoise, à une réunion des Alcooliques Anonymes, mais en tenue de scène orange avec des cornes et des ailes…

Rocketman, bande-annonce

Lequel homme se souviendra bien sûr du petit Reggie qu’il était grâce à un flash-back symphonique. Petit Reggie qui se met bientôt à chanter une (future) chanson d’Elton John, dans une chorégraphie avec tous ses voisins sur le thème: moi aussi plus tard je ferai de la musique, si seulement on me laisse faire…

Heureusement, tout change quand paraissent les deux prodigieux acteurs qui viennent habiter le film. Ils sont si bons, Taron Egerton ("Kingsman") et Jamie Bell (inoubliable Billy Elliot) qu’on les suivrait sans déplaisir pendant des heures, à composer ensemble, à rencontrer les producteurs, à improviser sur le piano du salon quand ils squattent la maison familiale, ou backstage dans des lieux de divertissement de plus en plus grandioses…

On fait alors connaissance, intimement, avec le plus grand compositeur de hits de tous les temps – en tout cas celui qui connaît la longévité la plus importante.

Mais vu le contexte si riche de cette œuvre immense, et de ces années 70 où la modernité, les grandes idées et la bourgeoise étaient remises en question par une jeunesse exubérante, on espérait encore mieux qu’une simple comédie musicale, aussi bien ficelée soit-elle.

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