En 2021, les plateformes de streaming sortent l’artillerie lourde

"The Dig" avec Carey Mulligan et Ralph Fiennes ©Larry Horricks/Netflix

Les salles sont fermées? Un drame mondial – artistique et économique – mais aussi une aubaine commerciale. Les plateformes, le vent en poupe grâce aux deux confinements, annoncent la couleur avec des programmations "cinéma" tonitruantes. Et la qualité?

Le consommateur (ne dites plus «spectateur», c’est so 2019!) a un choix fou. Au point de ne plus savoir où donner de la tête. Les cinémas fermés (jusqu’à nouvel ordre) ont focalisé l’attention mondiale sur les plateformes de streaming, et accéléré une nouvelle manière de consommer. Pour Netflix (195 millions d’abonnés), Amazon Prime (150 millions) ou Disney+ (87 millions), 2020 fut l’année de tous les records.

En ce mois de janvier, la mode est à la surenchère et les communiqués triomphalistes se succèdent, pas seulement pour confirmer l’arrivée des prochaines saisons des séries cultes mais aussi pour annoncer l’arrivée des vraies pépites du 7e Art. Car il s’agit d’occuper ce terrain-là, aussi.

Les plateformes préféreront engranger des millions de clients, qu’on espère captifs, plutôt que des millions de dollars.

Dans les stratégies mises en place, la donnée qui obsède les décideurs – sans doute bien plus importante que les abonnés ou les bénéfices nets – c’est la part de marché. Un chiffre éloquent: en 2019, Netflix fait 790 millions de dollars de bénéfices mais investit… 15 milliards en nouveaux contenus! L’explosion Netflix – explosion qui n’en finit pas de durer, car la courbe de croissance ne se tasse que peu grâce aux nouveaux abonnés asiatiques – équivaut à des années capitales, celles où on se taille la part du lion. En clair, les plateformes préféreront engranger des millions de clients, qu’on espère captifs, plutôt que des millions de dollars (plus éphémères). Un client Netflix, Amazon ou Disney+ pourra le rester des années, voire des décennies, si l’offre reste à la hauteur de ses attentes. Notamment en matière de «vrais» films, censés incarner le «vrai» cinéma – un art et non un simple divertissement. La question est: qui arrivera à contenter ce public-là?

Tous les goûts sont dans la nature

En 2021, on n’en est plus au stade d’appâter le chaland, mais bien à celui de la consolidation. Pour être sûr de rencontrer tous les goûts, la meilleure recette: des stars (attirer l’attention), des contenus hyper variés (ratisser large), et un maximum d’incontournables (pour faire le buzz). Résultat: une surenchère débridée, avec un grand gagnant (espérons-le): le cinéphile.

À moins qu’il ne se retrouve noyé par une offre trop pléthorique? Ou par des contenus trop calibrés, pas assez chargés par une vraie démarche artistique? Car 125 années de pratique le prouvent: accoucher d’un vrai film de cinéma est une démarche longue mais nécessaire – à opposer aux «commandes rapides» faites par les plateformes à coup de millions…

15
Milliards $
En 2019, Netflix fait 790 millions de dollars de bénéfices mais investit 15 milliards en nouveaux contenus.

Netflix: 71 films sinon rien

En plus des grands classiques et autres films de catalogue toujours renouvelés, c’est plus d’un nouveau long-métrage (produit en exclusivité et en interne) par semaine qui nous sera proposé en 2021.

«Don’t Look Up»
Que diriez-vous d’un opus réunissant Jennifer Lawrence et un certain Leonardo DiCaprio? Dans les rôles secondaires, Timothée Chalamet, Meryl Streep, Cate Blanchett…? L’histoire: deux astronomes entreprennent d’avertir le monde entier de l’arrivée imminente d’une comète ravageuse. Derrière les manettes, le génie Adam McKay («Vice», «The Big Short»…)

«The Woman in the Window»

Une psychologue agoraphobe (Amy Adams) se lie d’amitié avec une voisine, qui disparaît mystérieusement. Avec également Gary Oldman.

Bande-annonce "The Woman in the Window"

«Bruised»

Très attendue, cette première réalisation signée Halle Berry, qui incarne ici une mère de famille, ex-star des Mixed martial arts, le style de combat le plus violent au monde. Si elle se bat, c’est pour son fils de 7 ans.

«The Dig»

Dans ce film so british, une aristocrate (Carey Mulligan) engage un spécialiste des fouilles (Ralph Fiennes) pour inspecter ses terres. Ce qu’ils vont trouver laissera tout le monde pantois. Au menu: jolies demeures, landes infinies, tumulus et tasses de thé.

Bande-annonce "The Dig"

«Blonde»

Le biopic tant attendu de Marilyn Monroe, réalisé par Andrew Dominik («The Assassination of Jesse James»), avec Ana de Armas («Knives Out») et Adrien Brody.

À part cela, il y en aura pour tous les goûts, comme le montre la bande-annonce de 2 minutes 40 proposée le 12 janvier dernier et qui donne le tournis plutôt que l’envie de voir des films: du familial avec Jennifer Garner, du musclé avec «The Rock», de la comédie musicale («Diana», d’après la vie de la princesse de Galles), un thriller franco-français signé Alexandre Aja avec Mélanie Laurent et Mathieu Amalric («O2»). De tout, on vous dit!

54
nouvelles productions
Disney+ a investi dans 54 nouvelles productions maison, séries et films originaux confondus.

Disney+: des stars à gogo

Comme le montre la conférence diffusée en grande pompe la semaine dernière pour ses investisseurs et la presse mondiale, chez Disney+ on ne va pas se contenter d’exploiter un catalogue, pourtant déjà bien fourni. Le nombre de nouvelles productions maison: 54 – séries et films originaux confondus. Avec comme credo «la qualité plutôt que la quantité» (message adressé directement à la marque au grand N rouge?).

La tête de gondole, surprise, n’est ni un film ni une série, c’est carrément une chaîne (proposée aux abonnés sans supplément), qui vient compléter l’offre en mode «adulte» à partir du 23 février. STAR, c’est son nom, et tout est dit. C’est là que Disney+ pourra notamment nous présenter les contenus historiques ou plus récents d’ABC, Fox ou Touchstone. Soit surtout des classiques comme les «Alien», les «Terminator», «Die Hard», «King’s Man», «Deadpool» et beaucoup d’autres.

Au niveau des super-héros, Marvel revient avec «Black Widow» (Scarlett Johansson) mais surtout avec «Eternals», réalisé par Chloé Zhao (qui vient de gagner le Lion d’Or à Venise avec «Nomadland»).

Bande-annonce "The Black Widow"

Chez Pixar, il faudra attendre la fin de l’année pour découvrir «Luna», une histoire d’amitié sur fond d’Italie. Tandis que Disney Animation proposera «Raya et le dernier dragon», une jeune guerrière qui doit trouver le dernier dragon pour sauver un monde en perdition. Bien sûr et sauf nouvelle catastrophe sanitaire, ces films-là devraient prioritairement sortir en salles… Mais les voies des plateformes sont impénétrables.

250
Millions $
La colossale adaptation, sous forme de préquel, du «Seigneur des Anneaux» a été budgété provisoirement à 250 millions de dollars.

Amazon Prime sur sa lancée

Ici aussi, on compte sur les indémodables, livrés un peu pêle-mêle, comme les récents «Diamants sur canapé» (1961, avec l’icône Audrey Hepburn), «La Fièvre du samedi soir» (1977, avec une autre icône, John Travolta), ou le plus récent «Mission impossible: Rogue Nation» (2015, avec celui qui se prend déjà pour une icône, un certain Tom Cruise).

Côté vraie nouveauté, épinglons «One Night in Miami»: la rencontre fictive entre Malcolm X et Mohamed Ali, à l’issue d’un combat de boxe. En compagnie de Jim Brown (acteur et footballeur très en vue) et de l’autre figure mythique de l’émancipation Sam Cooke, ils fourbissent leurs armes.

Mais le vrai suspense, du côté d’Amazon, c’est bien sûr la colossale adaptation, sous forme de préquel, du «Seigneur des Anneaux», budgété provisoirement à 250 millions de dollars, et qui devrait reléguer «Game of Thrones» au rang de petit divertissement gentillet. Mais là nous quittons le cinéma pour entrer dans un autre registre, celui des séries, où les plateformes ne s’en cachent plus: c’est la guerre.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés