En attendant Burton

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La Cinémathèque Royale nous propose une immersion dans l’œuvre d’un électron libre du cinéma mondial: Tim Burton, un créateur d’univers à nul autre pareil.

Le prochain Tim Burton, "Big Eyes" (février 2015), sera sans doute à ranger dans la filmographie du réalisateur le plus inventif d’Hollywood aux côtés du gentil "Dark Shadows" plutôt que de l’éternel "Edouard aux Mains d’argent". Le film est sorti pour le week-end de Noël outre Atlantique, mais les critiques l’ont trouvé trop sage, trop classiquement biographique. Le public, lui, est prêt à tout aimer venant de Burton. Pour peu qu’on lui délivre un peu de ce qui semble manquer ici: la touche de magie. L’histoire? Les boires et déboires du couple de peintres Margaret et Walter Keane: ils explosent à la fin des années 50 lorsque leurs portraits aux yeux trop grands (d’où le titre) font un tabac. Madame (Amy Adams) mettra des années à revendiquer sa vraie place d’artiste auprès de Monsieur (Christoph Waltz), qui prend évidemment toute la gloire à son compte.

Rétrospective burtonienne

Mais attendons avant de nous faire notre propre idée. Combien de films américains jugés trop intelligents là-bas, n’ont-ils pas été "sauvés par l’Europe"? Puisons à pleines mains dans le patrimoine burtonnien comme la Cinémathèque Royale nous y invite. 21 films au programme, et tous ne sont pas de Tim Burton. Car Cinematek aime ouvrir le débat en proposant des films annexes, comme ceux où Burton n’était "que" producteur ("James et la pêche géante") ou l’un des directeurs de l’animation ("Taram et le chaudron magique").

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Pour nous il n’existe que deux sortes de films de Tim Burton: ceux qui sont géniaux. Et les autres. Commençons par les autres… Avec le grand Tim, diront les mauvaises langues, "on peut déjà être content s’il n’y a pas Johnny Depp affublé d’un haut-de-forme et qui fait des mimiques". C’est malheureusement assez vrai. Le Willy Wonka de "Charlie et la Chocolaterie" est aussi horripilant que le Chapelier Fou d’"Alice au Pays des Merveilles". Il roule des yeux, il pousse l’accent, il fanfaronne. Et pourtant, c’est bien là le même acteur qui nous enchante dans "Sleepy Hollow" et dans "Edward aux Mains d’Argent" avec ce mélange de poésie, de drôlerie et de liberté dans le jeu. Si on veut pousser la critique jusqu’au bout, on pourrait également dire que les hommages burtonniens aux improbables films d’extraterrestres des années 50 et 60 ("Mars Attacks!", 1996) n’ont pas très bien vieillis. Et que sa vision personnelle de "La Planète des Singes" s’effondre après une première heure extrêmement réussie. En fait, le maître n’a plus fait un seul film réellement bon depuis 2007: "Sweeney Todd" où il adaptait une comédie musicale culte chez les anglophones, sorte de variation sur le thème de Jack l’Éventreur.

Mister Génie

Pourquoi alors, crier au génie? Parce qu’au milieu des imperfections surnagent quelques films résolument géniaux. Comme si, pour arriver à l’équilibre parfait entre des éléments a priori disparates – poésie, macabre, références nombreuses, musique… – Tim Burton devait prendre le risque de s’égarer. Cela semble logique: on court plus de chance de se planter en tentant une sauce Grand Veneur qu’en resservant toujours le même hamburger fadasse, avec juste ce qu’il faut de sauce "action" ou de supplément "effets spéciaux", comme le fait Hollywood à longueur d’année. Burton, lui, jongle avec des ingrédients, des techniques, des narrations rares et volatiles. Mais quand ça marche, le régal est au rendez-vous.

Ruons-nous donc sur "Batman Le défi" et son homme-pingouin (Danny DeVito) aussi touchant qu’abominable. Replongeons dans l’époustouflante maestria du découpage visuel de "L’étrange Noël de Monsieur Jack". Esclaffons-nous devant les excès de "Beetlejuice" (1986). Tirons notre chapeau devant l’inventivité folle des "Noces Funèbres" (2005). Sans oublier de revoir les deux grands classiques signés Burton, des films où son traitement de pure esthétique se fait plus discret, pour laisser encore plus de place à l’histoire, et à ses personnages: "Ed Wood" (1994), la biographie en noir et blanc de l’un des papes du cinéma bis. Et bien sûr "Big Fish" (2003), une saga familiale sur plusieurs générations, aussi profonde dans ses thèmes fondateurs qu’elle est originale dans son rythme narratif.

Cycle Tim Burton Jusqu’au 30 janvier 2015 www.cinematek.be

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