Eric Franssen, directeur du Palace: "Créons aujourd’hui le public de demain"

©BELGA

Doté de son tout nouveau directeur Eric Franssen, le cinéma Palace affronte la crise avec philosophie, et confiance en l’avenir. Rencontre.

Comment s’est passé l’été au Palace?

Pas si mal que ça, en termes de fréquentation, notamment grâce à "Je ne peux pas, j’ai cinéma", mis en place par la Fédération Wallonie-Bruxelles (où le spectateur ne paie que 1 euro, NDLR). Nous sommes en dessous de 2019, bien sûr, mais compte tenu de la situation, ça aurait pu être bien pire. Il faut dire qu’en 2018 nous venions de rouvrir, et puis il y a eu les travaux dans tout le quartier. Pour juillet, nous sommes à 5500 entrées contre 7500 en 2019, et pour août, à environ 6400 contre 8600 en 2019.

Eric Franssen ©Palace

Et les films?

Certains multiplexes se plaignent de ne pas avoir eu assez de films à proposer, mais ce n’est pas le cas pour nous. En ce moment, nous avons à l’affiche "Tenet" qui marche très bien, mais nous avons surtout fonctionné cet été avec des films art et essai. Soit un type de cinéma qui possède chez nous tout un public d’habitués.

Notamment avec des classiques ou des reprises?

Oui, par exemple "Le miroir" de Tarkovski. 1200 entrées pour un film russe de 1975, c’est très positif. Autre signe encourageant: l’âge des spectateurs, en grande majorité entre 20 et 30 ans. Donc une nouvelle génération qui découvre les grands classiques.

"Rien ne remplace le choc d’une vraie projection."

En parlant de jeune public, comment réagissez-vous à l’interdiction (temporaire) des séances scolaires ou extrascolaires?

C’est une très mauvaise nouvelle pour nous. Mais c’est sans doute provisoire: les mesures changent chaque semaine. Ça représente plus de 16.000 entrées l’année dernière, c’est énorme. Surtout, c’est là une des missions qui nous tient le plus à cœur, l’éducation au, et par le cinéma. Il serait dommage, voire dramatique, que les enseignants changent leurs habitudes et préconisent des visions en petit dans les classes, car rien ne remplace le choc d’une vraie projection, avec introduction par des professionnels, dossier pédagogique, approche adaptée, etc. Former le public de demain, c’est primordial, pour eux comme pour nous. Dans le respect de toutes les mesures, bien évidemment.

"J’ai la chance de connaître beaucoup de gens du milieu, à la fois les artistes et les gens de l’industrie."

Quels sont les films à venir sur lesquels vous comptez?

"The Painted Bird", un film tchèque en noir et blanc avec très peu de dialogues, mais très puissant (avec Harvey Keitel et Stellan Skarsgard). "Corpus Christi", excellent film polonais, nominé à l’Oscar. "Babyteeth", un premier film australien très réussi.

Pendant des années, vous avez été directeur de Wallonie-Bruxelles Image qui s’occupe de la promotion du cinéma belge à l’étranger, qu’est-ce que cela vous apporte aujourd’hui?

J’ai la chance de connaître beaucoup de gens du milieu, à la fois les artistes et les gens de l’"industrie". J’ai aussi l’expérience d’organiser des événements, ici nous en accueillons beaucoup à travers des rencontres, débats... ça fait partie de notre ADN. Et puis les contacts avec l’international permettent de bien anticiper les films.

Qu’est-ce qu’il y a de particulier au Palace?

Sa situation en centre-ville, avec un public très diversifié. Il faut donc une programmation à la fois ouverte et exigeante. Ensuite, il y a le lieu, les salles emblématiques, qui disposent en plus d’un équipement technique de toute première qualité. Il y a au Palace un potentiel énorme. À nous de le faire fructifier.

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