Être ou ne pas être (un vrai film de cinéma)

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Chaque jour, vivez Cannes comme si vous y étiez à travers la plume et le regard affûtés de notre envoyé spécial, Sylvestre Sbille. Bon festival!

Une nouvelle habitude s’est installée au festival de Cannes: à chaque fois qu’apparaît le logo Netflix en début de projection, la moitié de la salle hue tandis que l’autre applaudit. On peut déjà parler de tradition, car chaque film est projeté plusieurs fois: d’abord le matin pour la presse et les pros, puis le soir pour les stars, les photographes, la foule et… les autres pros (la montée des marches). Notons que lors des projections presse les huées étaient plus prononcées. Surtout à celle du film coréen "Okja", troublée par des problèmes techniques venus rappeler fort à propos qu’un film n’est plus ce qu’il était (des bobines de pellicule) puisqu’entièrement dématérialisé.

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Cette polémique Netflix pose en fait la question cruciale: qu’est-ce qu’un film de cinéma? Un film Netflix est-il, techniquement, un téléfilm? Est-ce le lieu de diffusion qui détermine la nature du film ou son ambition artistique? On aurait tendance à pencher pour la première solution: un film tourné pour passer en priorité à la télévision est un téléfilm. Mais ça ne l’empêche pas d’être sélectionné à Cannes. C’est ce qui était arrivé aux "Roseaux Sauvages" d’André Téchiné (1994), que son succès cannois portera jusqu’aux vrais écrans de cinéma, mais aussi jusqu’à obtenir quatre César.

Reste à faire taire les adeptes de la seconde hypothèse: ceux qui sont persuadés qu’un film produit par Netflix n’a pas la même ambition qu’un "vrai" film. Prenons le premier à être entré en lice, "Okja". Aux commandes, un véritable cinéaste de genre, Bong Joon-Ho, déjà connu pour "The Host" ou "The Snowpiercer". Un vrai film, certes un peu bancal, mais drôle, émouvant, plein de satire sociale et sociétale.

Enfin, le second film, "The Meyerowitz Stories". Enlevé, freudien, le film fonctionne à merveilles, porté par un casting aussi étincelant que subtil: Emma Thompson, Ben Stiller, Adam Sandler, Dustin Hoffman…

La conclusion s’impose (n’en déplaise aux exploitants de salles français qui avaient lancé l’opprobre): qu’importe le flacon – une société de production américaine spécialisée dans l’apport de contenu via internet – pourvu qu’on ait l’ivresse – des films avec des vrais morceaux de cinéma à l’intérieur.

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