Facebook vu par Hollywood

Jesse Eisenberg.

En se penchant sur le phénomène "Facebook", le réalisateur David Fincher et le scénariste Aaron Sorkin ont accouché d’un film surprenant, haletant, déjà favori pour les Oscars… Découverte.

Facebook serait-il né à la suite d’une déception amoureuse? Cette hypothèse est le point de départ du film "The Social Network", racontant la création de Facebook et la montée en puissance de son fondateur, Mark Zuckerberg. Dès cette première scène, jouée à la vitesse de la lumière par l’acteur Jesse Eisenberg, superbe dans son interprétation de Zuckerberg, et par l’actrice Rooney Mara, le ton est donné.

Les dialogues sont intelligents, précis, rapides, cruels, incisifs. Les mots fusent à un débit irréel. C’est la marque de fabrique du scénariste à succès Aaron Sorkin, auteur de la série "The West Wing" (A la Maison Blanche). "The Social Network", écrit par Sorkin et réalisé par David Fincher ("Fight Club", "Benjamin Button"), se concentre sur la période 2003-2005, pendant laquelle Zuckerberg, étudiant de 19 ans à Harvard, a lancé Facebook. Le film, diffusant un humour caustique et violent, se focalise sur les pétillantes dépositions de deux actions en justice et s’acharne à démontrer comment le créateur d’un réseau social, rassemblant aujourd’hui 500 millions "d’amis", est en réalité un personnage totalement asocial.

La première poursuite pour dommages et intérêts met en scène les frères Cameron et Tyler Winklevoss, des jumeaux nourris aux grains d’1 m 96, champions d’aviron (ils ont participé aux JO de Pékin en 2008), qui accusent Zuckerberg d’avoir volé leur idée. La seconde action en justice explique le clash entre Zuckerberg et son meilleur ami de l’époque, Eduardo Saverin, le cofondateur de Facebook, qui fut jeté aux lions, victime à la fois de son manque de vision et de la traîtrise de son "ami".

Véritable thriller d’un nouveau genre, "The Social Network" est un portrait complexe, peu flatteur, mais nullement dégradant d’un homme restant encore incompris. Un génie qui est aujourd’hui, à 26 ans, le plus jeune milliardaire au monde avec un capital de 6,9 milliards de dollars.

Pendant deux heures, le spectateur est rivé dans son siège, comme hypnotisé par le débit verbal des acteurs parfaitement mis en valeur dans cette fable contemporaine.

Le fond de réalité

Une fable? Le film prend quelques libertés avec la réalité et est inspiré en partie, du livre "The Accidental billionaires: The founding of Facebook - A tale of Sex, Money, Genius and Betrayal", écrit par Ben Mezrich. En 2008, Mezrich, ancien diplômé d’Harvard en 1991, reçoit un email "d’un gamin qui me disait être le meilleur ami du type qui avait fondé Facebook avec lui". Intéressé, Mezrich a rencontré Saverin à plusieurs reprises pour finir par publier sa version de l’histoire. Très vite, le livre a attiré l’attention d’Hollywood. Fasciné par le thème, Aaron Sorkin a tout fait pour intégrer le projet.

Mais, au lieu de baser son film sur les seules complaintes d’Eduardo Saverin, il a préféré exposer les points de vue de tous les "acteurs", à savoir Saverin, les frères Winklevoss (joués par le seul acteur Amie Hammer qui, avec l’aide de subtils effets spéciaux, endosse les deux rôles à la perfection), mais aussi Zuckerberg. "Plusieurs versions différentes et souvent contradictoires de cette histoire ont été racontées", souligne Sorkin. "Je ne voulais pas en choisir une et décider que c’était la vérité. J’ai préféré dramatiser le fait qu’elles étaient incompatibles."

L’accueil

Loué par les critiques, le film a reçu un accueil glacial des pontes de Facebook, à commencer par Mark Zuckerberg. "Ce film est une fiction, a déclaré récemment Zuckerberg. L’équipe aurait pu faire un vrai travail d’investigation avant de tourner un film sur Facebook. Et j’aurais juste apprécié que personne ne réalise un film sur moi tant que je suis en vie." Pendant longtemps la compagnie s’est demandée si elle allait intenter une action en justice, avant de se raviser et de jouer la carte de l’indifférence.

Fincher et Sorkin ont pourtant tout fait pour impliquer Facebook dans la conception de "The Social Network". Mais la compagnie a fait la sourde oreille, refusant de participer si le nom "Facebook" apparaissait dans le film. D’après le journaliste du "New York Times" David Kickpatrick, auteur du livre "The Facebook Effect", une grande partie du film, en particulier certains détails de la vie privée de Zuckerberg, aurait été fabriquée de toutes pièces. Des accusations rejetées en bloc par l’un des producteurs, Scott Rudin. "Zuckerberg est à la fois un constructeur et un destructeur, clame Rudin. C’est un sujet américain par excellence. Il a dépensé des centaines de millions de dollars pour se débarrasser de ces deux actions en justice (65 millions pour les frères Winklevoss et un montant indéterminé mais encore plus élevé pour Saverin qui possède aujourd’hui 5 % des parts de Facebook). Nous avons fait une sérieuse enquête et je pense que ce film donne une image fidèle de sa personnalité." Alors saint ou un démon, le sieur Zuckerberg? Se reconnaissant sans doute un peu dans la personnalité complexe du cerveau de Facebook, Sorkin délivre une belle analyse de son personnage: "Pendant la première heure 55 (1h55) c’est un antihéros et lors des cinq dernières minutes du film, c’est un héros tragique."

Par Elodie Perrodil, à New York

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