Faut-il aller voir le nouveau James Bond?

©© 2015 Sony Pictures Releasing GmbH

Depuis un demi-siècle, la saga James Bond pose la question: qu’est-ce qu’un bon film? Une histoire qui tient, ou un enchaînement de "scènes obligées"? Du drame, de l’action? Ou un savant mélange des deux?

3/5

De Sam Mendes

Avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, Ralph Fiennes, Monica Bellucci…

Bond revient. Et il n’est pas content. Non seulement le monde politique embête son supérieur (M), mais en plus tous ses ennemis objectifs semblent s’être ligués pour faire le mal… Heureusement, il peut compter sur les services d’une jeune psychanalyste bien sous tous rapports, qui va l’éclairer sur les intentions secrètes de ses ennemis… autant que sur lui-même…

Sacré James Bond… Tous les 2, 3, ou 4 ans, depuis plus d’un demi-siècle, un nouveau volet vient à maturité. Plaisir intense ou "petite année"? Les ingrédients, invariablement, sont les mêmes. Et pourtant le résultat va du très moyen ("Die Another Day", 2002) au chef-d’œuvre avéré ("Skyfall", 2012). Pourquoi? Personne ne le sait, et la franchise James Bond en devient un laboratoire passionnant. Surtout qu’avec les années, une règle d’or semble émerger: pour avoir un Bond réussi, il faut le juste dosage entre les impondérables (poursuites, gadgets, suspense, British touch, codes secrets et hiérarchie…) et ce qui l’est moins – mais qui constitue apparemment l’essentiel –, le dévoilement progressif du personnage trouble et énigmatique qu’est en fait l’agent secret.

Bande annonce de "Spectre" (VF)

Dans les premiers romans de Ian Fleming, déjà, l’homme est complexe. On ne devient pas un assassin au sang-froid sans y laisser quelques plumes affectives, et Bond est prisonnier de pas mal de névroses. Qui par exemple le rendent incapable d’aimer une femme. Au point qu’il considère la gent féminine comme des objets de consommation courante, quand ce ne sont pas de simples monnaies d’échange… Ici, la bonne idée est d’avoir mixé les deux éléments: la jeune femme qui se dérobe est psychanalyste. Elle est à la fois un sujet à conquérir et celle qui l’aide à se déchiffrer lui-même. Il suffisait d’y penser…

Les meilleurs James Bond sont donc ceux où le personnage existe sous un jour ambigu, où les démons ressurgissent. Là, sa mission de sauvetage de l’humanité dans une course contre la montre gagnée d’avance (mais comment fera-t-il, cette fois?) trouve un écho plus riche, car "encadrée" par une résonance universelle, celle de l’affect. Bond trouvera-t-il une échappatoire personnellement satisfaisante, en plus d’avoir servi la Reine et d’avoir sauvé la mise?

©© 2015 Sony Pictures Releasing GmbH

Retour aux sources

Les deux meilleurs Bond modernes ont un point commun: avoir osé explorer les sentiments de l’homme au visage de marbre: "Casino Royale" en 2006, et bien sûr "Skyfall" en 2012. Dans le premier, Bond prenait femme en la personne de Vesper Lynd (Eva Green), et il la perdait dans une séquence d’anthologie, noyée dans un ascenseur. Une faille émotionnelle béante tempérait enfin le profil d’acier du héros. Et dans "Skyfall", c’était son passé d’adolescent qui ressurgissait, renforcé par le lien presque maternel qui le liait à M (Judi Dench).

©2015 Sony Pictures Releasing GmbH

Hélas, "Spectre" n’a pas voulu creuser le sillon. Comme "Quantum of Solace" en 2008, le film se contente d’aligner les séquences attendues, sans chercher le supplément d’âme. Officiellement, c’est pour un "retour aux sources" salutaire. Mais le public a pris goût, et l’efficacité n’est plus suffisante. Sourire (à cause de l’humour second degré), admirer (les voitures, les James Bond girls, et les beaux paysages), frémir (devant l’inhumanité du Grand Méchant), tout cela ne suffit plus. On veut un Bond qui doute! On veut un Bond qui souffre. Ici, l’agent va de l’avant. Il est tourmenté et doit revenir sur son propre passé – car les amateurs apprécieront les allusions à des épisodes plus anciens où la société secrète Spectre apparaissait déjà – mais cela n’arrive pas à nous le rendre aussi proche qu’il est implacable…

Et la présence de Léa Seydoux ne parvient pas à faire briller de mille feux le quota féminin. Surtout qu’elle est assortie de celle de Monica Bellucci. Les "deux pires actrices françaises", selon certains quotidiens britanniques, n’étaient sans doute pas le choix le plus judicieux pour relever le niveau de jeu dans le registre des sentiments…

Reste qu’on ne s’embête pas, que tout cela est rondement mené, à coup d’avion sans ailes, de blonde en nuisette, et de savoir-faire visuel. Mais pour retrouver le frisson "Skyfall", il faudra attendre la prochaine fois. Ou revoir l’excellent "On Her Majesty’s Secret Service" (1969). Là, déjà, Bond était vicieux et impénétrable, mais son humanité ressortait lorsqu’il prenait enfin épouse, en la personne de la délicieuse Diana Rigg ("Chapeau melon et bottes de cuir"). Au risque de se perdre…

Bande annonce n°2 "Spectre" (VF)

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