Femme, lève-toi! (tes enfants ont grandi)

©Ascot Elite

Féministe, subtil, tendre, humain: "Tully" pourrait être un des films de l’été. Et de l’après-Weinstein…

cinéma

"Tully"

Note: 4/5

De Jason Reitman.

Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston

Génération après génération, chaque époque juge les précédentes à l’aune de ses obsessions et de ses dogmes. On se souviendra de notre début de XXIe siècle, pensons-nous, comme d’un basculement semi-conscient dans l’horreur du dérapage climatique. Mais depuis l’épidémie post-Weinstein, un nouveau mal du siècle a fait son coming out: le machisme tous azimuts.

"Tully" est tout sauf un film coup-de-poing. C’est avec une subtilité de tous les instants qu’il distille ses thèmes, qu’il interroge, qu’il titille. Mais on en ressort avec le sentiment diffus d’un horrible malentendu, d’une fraude géante et taboue: la femme, même moderne, même occidentale, est inconsciemment considérée comme un être destiné à se dissoudre et dont la principale fonction est un sacrifice total à la perpétuation de l’espèce.

Marlo (Charlize Theron) ne va pas bien. Oh, elle ne souffre pas d’une maladie identifiée. Elle est simplement dépassée. Surmenée. Déphasée. En manque de sommeil. Déconnectée de la vie. Et d’elle-même. Elle ne s’appartient plus tout à fait, et enchaîne les gestes comme un robot. Son quotidien: deux (et bientôt trois) jeunes enfants. Son mari? Obnubilé par son travail…

Bande-Annonce

Droit au sommeil

Son frère lui suggère d’engager une nounou de nuit. Quelqu’un qui viendra lui octroyer un relatif droit au sommeil, quelques heures qui lui permettront de récupérer l’énergie diurne qu’elle pourra entièrement consacrer… à ses enfants. Quand la jolie Tully fait son apparition, Marlo ne disparaît pas dans son lit. Un lien se noue avec la jeune femme. Car Marlo, dépossédée d’elle-même, n’a pas seulement besoin d’heures de sommeil. Elle a besoin d’un être avec qui parler et capable de lui dire: "Je suis là".

Le film dépasse de loin les tracas de la maternité, du mari bouffé par son travail, des enfants un peu trop envahissants. Il se penche en filigranes sur la dépression, une maladie invisible, inavouable à l’heure où la société (et votre entourage) n’attend plus qu’une chose de vous: la réjouissance d’avoir fondé famille. Alors que la réalité biologique est tout autre: les jeunes humains, comme la majorité des êtres vivants, épuisent (littéralement) leur mère afin de grandir et de s’affranchir.

©Ascot Elite

Dans la salle de cinéma, au moment – précoce – où survient Tully en sonnant à la porte, les spectateurs, et pas seulement les mères, avaient envie d’applaudir cette nouvelle Mary Poppins. Exactement comme dans ces films de sport où le héros, diffamé, blessé, parvient enfin à sortir de l’ornière pour accéder, peut-être pas à la victoire, mais au moins à la vie.

Depuis "Juno" ou "Young Adult", Jason Reitman nous a habitués à ce faux rythme si particulier, ces séquences longues, ces dialogues riches, drôles, percutants, où on entre dans l’intimité d’Américains sensibles. Une nouvelle fois, il signe ici un vrai drame déguisé, un film qui avance masqué pour mieux nous cueillir.

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