Festival Alimenterre | Il faut manger pour vivre… mieux

Au Festival Alimenterre, les projections de films s'accompagnent de projets, débats et ateliers sur le thème de l'alimentation. ©Sabina Jaworek/Festival Alimenterre

Du 7 au 29 octobre, à Bruxelles et en Wallonie, le festival Alimenterre nous dessine un avenir via notre assiette. "Dis-moi comment tu manges, et je te dirai qui tu es – et surtout qui tu seras!"

Le cinéma, ce ne sont pas seulement de jolies histoires. C’est également un moyen très puissant de faire bouger les lignes, de rassembler les gens, de mûrir les hypothèses, bref, d’avancer. C’est ce qu’a parfaitement compris le festival Alimenterre qui en est à sa 12e édition, et qui propose de réfléchir ensemble sur tout ce qui touche à l’alimentation. Débats, forums, projets, mises en perspective (ou en pratique), tout est bon pour donner un écho puissant aux films projetés.

Festival "Alimenterre"

►  Du 7 au 11 octobre à Bruxelles

►  Du 13 au 29 octobre en Wallonie

Plus d'infos sur festivalalimenterre.be

Car l’alimentation ne se limite pas à la simple absorption d’aliments, une foule d’enjeux majeurs transitent par cette véritable charnière de l’activité humaine: santé, économie, agriculture, revendication sociale, et même idéal de société. Pour alimenter les débats, les types de films sont multiples – bien que très majoritairement documentaires: premiers films, films collectifs, courts-métrages, issus de la francophonie ou de beaucoup plus loin… Voici un aperçu du programme 2020.

"Quand les tomates rencontrent Wagner"

Nous sommes en Grèce, dans une région rurale. Deux hurluberlus se baladent au milieu des champs de tomates avec des baffles. Depuis qu’on leur fait écouter de la musique, les plants se développent à vitesse grand V. Un peu plus loin, les grands-mères remplissent les bocaux de tomates farcies, à destination de l’Europe entière. Et si le vrai goût des bonnes choses venait enfin reprendre sa place dans l’équation économico-rentable?

Bande-annonce "Quand les tomates rencontrent Wagner"

"Nous la mangerons, c’est la moindre des choses"

Voici le portrait d’une éleveuse de brebis. La réalisatrice Elsa Maury, par ailleurs chercheuse en arts plastiques, propose un film à la fois esthétique et poétique, qui fait émerger les questions plus par les émotions que par la théorie. Comment mettre fin "éthiquement" à la vie d’un animal aimé, dont la "fonction" est d’être mangé? Un film qui donne toute sa place aux corps – notamment ceux de ces "êtres non humains" que sont nos frères animaux.

Bande-annonce "Nous la mangerons, c’est la moindre des choses"

"Sur le Champ!"

Ce premier film collectif attire notre attention sur le nouveau modèle qu’est l’agriculture familiale durable. De l’Europe à l’Afrique en passant par l’Amérique du Sud, nous partons à la rencontre de familles qui ont déjà fait le choix du durable et d’une production à l’échelle humaine. Changer de modèle? C’est fait.

Bande-annonce "Sur le Champ!"

"Cyrille, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes"

Le film sera présenté ce samedi 10 octobre à 15h au Kinograph et puis au Festival Pink Screens (16 et 20 novembre).

Le réalisateur de fiction Rodolphe Marconi nous dresse le portrait intime d’un éleveur de vaches laitières auvergnat (voir interview en encadré). En filigrane, toute l’absurdité d’un système prétendument moderne, en réalité parfaitement pervers. Car si on pousse le jeune producteur à investir lourdement dans son outil (250.000 euros pour une étable dernier cri), on lui refuse en revanche le prêt de 15.000 euros qui lui permettrait de remplacer ses vaches mortes. Résultat: l’outil tourne à vide, et le producteur coule.

"Cyrille, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes"

En cette année de crise sanitaire mondiale, le credo du festival prend des accents prophétiques. Les systèmes alimentaires industriels s’effondrent? Essayons d’autres échelles. L’agrobusiness est en crise? Questionnons l’alternative permaculture. Les terres cultivables sont confisquées par des groupes internationaux surpuissants (comme nous le montre le film brésilien "Chaos")? Et si on occupait la terre en la cultivant? Certes, l’urgence est là, constate Alimenterre. Mais l’important n’est pas de se plaindre, mais de se réinventer.

Trois questions à Rodolphe Marconi, réalisateur de "Cyrille, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes"

Plus qu’un pamphlet engagé, vous avez fait le portrait d’un jeune homme.

En juillet 2018, je suis sur une plage et je remarque un homme qui ne se baigne jamais. Il regarde la mer des heures avec l’eau à mi-cuisse. Quand je lui dis: elle est bonne, il me répond "je ne sais pas nager". On parle 20 minutes. Je suis touché par cet homme qui part en vacances pour la première fois à 30 ans, possède 20 vaches, se lève tous les jours à 6 heures, se couche à minuit, gagne moins de 200 euros par mois. Et qui ne se plaint pas. Jamais il ne se plaint. Il me parle de ses bêtes.

Cyrille dit "Les bêtes ressemblent à l’éleveur. Moi, je ne crie pas. Moi, je ne frappe pas". Est-ce que nous avons trop crié, trop frappé sur la nature?

Je n’ai pas voulu faire un film à thèse, ni un film polémique, ni un film militant. J’ai été touché par quelqu’un. On me dit: tant mieux, ton film est plus militant que s’il l’était volontairement. J’aborde le sujet par la tangente. Je n’assomme pas avec des chiffres, je montre la solitude. On pense que, parce qu’on est à la campagne, on s’entraide, mais avec le poids des dettes c’est "chacun pour soi".

La situation de Cyrille est désespérée, malgré la quantité de travail fourni.

C’est l’absurdité de cette modernisation mal conçue. L’acte criminel, c’est de prêter à un garçon une somme énorme, sans lui dire qu’on le laissera dans la mouise si ses vaches tombent malades l’une après l’autre. Avec un outil moderne mais démesuré, qui tourne à moitié à vide. La rigidité du système est d’une violence extrême.

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