Hold-up, un film complotiste qui alimente la paranoïa autour du Covid-19

Hold-up, et d'autres productions conspirationnistes, sapent la confiance envers les institutions démocratiques. Ici, une manifestation à Londres contre les mesures anti-Covid. ©Photo News

Le film français "Hold-up" reprend les théories conspirationnistes en vogue sur la pandémie de Covid-19 et conclut à un "grand complot contre l'humanité". L'Echo en a décrypté la technique avec le professeur de l'ULB, Olivier Klein.

Dès les premières images, le spectateur est plongé dans l'intimité du "grand secret", sur fond de musique anxiogène. Le décorum est sombre, et les intervenants prennent un ton bienveillant. On va tout vous dire. Vous allez tout savoir. À propos de quoi? Du complot planétaire autour de la pandémie de Covid-19, qui serait ourdi dans l'ombre par "une élite corrompue". Tel est le propos de "Hold-up, retour sur un chaos", un documentaire conspirationniste du Français Pierre Barnérias, diffusé en ligne depuis le 11 novembre.

En deux heures quarante, les théories complotistes entendues depuis le début de la crise sanitaire défilent, portées par des personnages connus ou inconnus.

La première partie ressort toutes les grandes controverses sur la pandémie. Le Covid-19 ne serait "pas plus grave qu'une grippette", le confinement n'a servi à rien, les masques seraient inutiles. Les milliers de morts? Une manipulation. Des fausses nouvelles sont brandies, comme "les camps d'internement de covidiens" au Canada pourtant inexistants. Des chiffres sont manipulés.

Dans la seconde moitié, l'apothéose éclate avec la révélation d'une manipulation mondiale par des "êtres puissants" qui auraient fabriqué le virus afin de soumettre l'humanité.

Une propagande émotionnelle et identitaire

"Aucun élément du film ne tient. Sa force est de mettre en scène les choses de façon émotionnelle et identitaire", explique Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l'Université libre de Bruxelles et membre du groupe d'experts psychologie et coronavirus. "On vous communique que vous faites partie d'un groupe d'initiés. Des personnes vous éclairent face à une réalité à laquelle vous seriez soumis, et vous donnent des armes pour combattre cette réalité. C'est très persuasif."

"Aucun élément du film ne tient. Sa force est de mettre en scène les choses de façon émotionnelle et identitaire."
Olivier Klein
Professeur de psychologie sociale à l'Université libre de Bruxelles

La subtilité du film tient dans sa capacité à enchaîner les fausses nouvelles et contre-vérités, sans laisser le temps au téléspectateur de vérifier les dires. Certains intervenants sont des scientifiques, ce qui jette le trouble. "C'est un mille-feuille argumentatif, on additionne des arguments faibles et des polémiques nécessitant, en réalité, beaucoup de temps pour être déconstruits", poursuit Olivier Klein, "c'est un vrai film de propagande".

Un exemple? Le film montre les statistiques françaises de l'INSEE sur le taux de mortalité, où l'on voit une hausse des décès durant la période de confinement. Le documentaire en conclu que l'isolement des populations, pratiqué un peu partout dans le monde, n'était pas nécessaire. Ce qu'il s'abstient d'expliquer, c'est que cette hausse des décès est due à la transmission du virus deux à trois semaines avant le confinement.

Le masque est aussi remis en question. Le documentaire ne précise pas, évidemment, que la pandémie fut la moins virulente dans les pays, comme le Japon, où le port du masque fut généralisé dès le début de la propagation du virus.

La mise en scène est professionnelle, ce qui crée une impression de crédibilité. Le film a d'ailleurs été financé par du crowdfunding, à coup de centaines de milliers d'euros. "Ce n'est pas le travail d'une seule personne", précis Olivier Klein, "il y a toute une série de personnes derrière cette production, comme des naturopathes et des homéopathes, dont les objectifs sont simplement commerciaux". Le film a du succès au sein de la fachosphère, où toute nouvelle théorie du complot est absorbée comme un drogue dure.

Un climat paranoïde

Pour comprendre la fascination que provoque le film, il faut en analyser les ressorts psychologiques. Nous sommes en pleine pandémie, une période par définition anxiogène. "L'auteur accentue l'anxiété liée à la pandémie et offre une explication simpliste, et un moyen d'agir", dit Olivier Klein, "c'est la technique du pied dans la porte, on vous persuade que vous n'êtes plus seul, mais partie d'un groupe de gens éclairés".

"Ce groupe soi-disant éclairé, en réalité, c'est un groupe paranoïde, des gens persuadés d'être persécutés."
Olivier Klein
professeur de psychologie sociale à l'Université libre de Bruxelles

Plus le film est visionné, plus l'anxiété se propage et nourrit un sentiment de persécution de masse. "C'est un groupe paranoïde, des gens persuadés d'être persécutés", résume-t-il. "Au final, les gens perdent confiance dans ceux qui nous représentent. C'est dangereux politiquement. Pourtant, à l'analyse, tout est faux dans le document".

Un autre exemple de détournement. Le politicien français Philippe Douste-Blazy intervient dans le film, lui conférant une certaine crédibilité. Et pour cause, lui a été présenté comme un documentaire neutre. Furieux, l'ancien ministre français, médecin, a fini par s'en désolidariser. "La crise sanitaire que nous traversons est suffisamment grave pour ne pas ajouter de la confusion aux moments douloureux que nous vivons", a-t-il déclaré sur la chaîne française LCI.

"La crise sanitaire que nous traversons est suffisamment grave pour ne pas ajouter de la confusion aux moments douloureux que nous vivons"
Philippe Douste-Blazy
Ancien ministre français, membre de l'UMP

Lutter contre la paranoïa

Hold up est considéré comme complotiste par l'Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot. La campagne de communication du film a été censurée par Facebook et il a été retiré de la plateforme Vimeo.

La déconstruction est une méthode efficace pour comprendre la mécanique des documentaires complotistes. Plusieurs spécialistes en "fact checking" ont déconstruit Hold-up. Sur son blog, le professeur Olivier Klein passe à la loupe d'autres productions du genre.

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