"Il fallait que ‘Woman' touche aussi les hommes"

Pour "Woman", tourné dans 50 pays, Yann-Arthus Bertrand et Anastasia Mikova ont interrogé 2.000 femmes et révélé leur condition à la première personne. Primordial.

Après avoir longuement regardé la Terre depuis le ciel, Yann Arthus-Bertrand s’est penché sur les hommes avec "Human" (2015). Il s’associe à la jeune réalisatrice Anastasia Mikova pour s’intéresser à la femme, ou plutôt aux femmes, en partant à leur rencontre aux quatre coins du monde, pour une confession en gros plan. Rencontre après l’avant-première de leur documentaire choc, ce dimanche, à Bozar.

La bande-annonce du film "Woman"


D’où est venue l’envie?

Y.A.-B.: La fin d’un film c’est violent, c’est une famille qui explose. Je suis malade quand ça s’arrête. Après "Human", j’ai senti une envie très profonde de poursuivre. Chaque fois qu’on rencontrait une femme, il y avait comme un monde derrière. Je me suis associé avec Anastasia tout naturellement. L’équipe, c’était 18 femmes et 3 hommes. Pour que les interviewées se sentent à l’aise, tout simplement. J’ai même été étonné qu’on prenne des cadreurs hommes.

A. M.: Souviens-toi que, dans certains pays, c’était utile qu’il y ait des hommes dans l’équipe pour que les maris autorisent leur femme à nous parler…

Comment s’est déroulé le tournage, pratiquement?

«Il a fallu trouver comment ouvrir la porte pour chacune, mais une fois que c’était fait il y avait un déversement. Puissant!»
Anastasia Mikova
CoRéalisatrice

A. M.: J’ai supervisé beaucoup d’interviews moi-même. Il y en a aussi qui ont été menées par des journalistes que j’ai encadrés, une qui parlait arabe, une qui parlait russe, etc. Ensuite Yann et moi nous regardions les rushes ensemble; certaines interviews ne résonnaient pas de la même manière pour lui ou pour moi. Cela nous permettait de les classer, de comprendre quelle porte peut s’ouvrir chez le spectateur. Un certain témoignage va permettre de faire passer ensuite tel ou tel message dans la suite du film. Ça se construit comme un gigantesque puzzle. Il fallait aussi que ça touche les hommes. C’est un film sur les femmes, fait par un homme et une femme, et qui s’adresse à tout le monde.

Est-ce que ce récit 100% féminin donne au film une ampleur politique?

A. M.: Il y a une urgence. J’avais commencé à ressentir ça quand je faisais les interviews pour "Human". Très souvent les femmes avaient quelque chose d’important à dire, qui leur brûlait les lèvres depuis des années, quelque chose de contenu. Violences, excision, mais aussi apprentissage, énergies positives. Ici aussi, il a fallu trouver comment ouvrir la porte pour chacune, mais une fois que c’était fait il y avait un déversement, une confession. Puissant! Alors qu’il y a 10 ou 15 ans, dans certains pays, c’était impossible d’obtenir le témoignage d’une femme.
Y.A.-B.: Pour ça, les réseaux sociaux ont apporté du positif. Les gosses savent que tout le reste existe, on fait des petits films, on se les envoie, ça circule. Tout le monde se parle.
A. M.: Avant, on pouvait rester prisonnier dans le microcosme de son village, sans pouvoir se projeter. En tournant, j’ai ressenti une grande vague de liberté, l’impression que quelque chose va se passer.

Par exemple?

A. M.: Ça va prendre toutes sortes de formes.
Y.A.-B.: Le film a été produit avec l’aide de nombreux mécènes, ce qui fait qu’on n’a pas d’obligation de rembourser telle ou telle avance. Donc, l’ensemble des recettes va aller à une association qui aide les femmes à se former et à travailler dans le monde des médias. C’était notre petite pierre à nous...
Et ça va prendre une ampleur inattendue.

Documentaire

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

«Woman». D’Anastasia Mikova
et Yann Arthus-Bertrand.

En salles à partir du 11 février


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