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Intello, bobo, jouissif: la nouvelle comédie d'Olivier Assayas

Juliette Binoche, Vincent Macaigne (photo) et Guillaume Canet: le trio gagnant d’Olivier Assayas. ©Ad Vitam

Olivier Assayas nous propose une comédie avec pour toile de fond l’avenir du livre - et donc du monde. Avec un trio d’acteurs au sommet: Juliette Binoche, Guillaume Canet et Vincent Macaigne. Intello, bobo, jouissif.

Olivier Assayas a le chic pour mélanger les genres. À la frontière entre la chronique parisienne, l’étude de mœurs, la comédie romantique, voire l’essai philosophique, son nouvel opus nous fait réfléchir sur les enjeux sociétaux, tout en croquant simultanément une vraie galerie de personnages. Cela faisait quelques années qu’il courtisait l’international, avec des films en anglais comme l’excellent "Clouds of Sils Maria" qui explorait les tensions entre une actrice connue (Juliette Binoche) et son assistante personnelle (Kristen Stewart). Il revient à ses premières amours: Paris et son inimitable milieu artistique.

cinéma
"Doubles vies"

Note : 4/5

Avec Juliette Binoche, Guillaume Canet, Vincent Macaigne, Christa Théret, Nora Hamzawi…

Alain Danielson (Canet) est éditeur. Aujourd’hui, il a rendez-vous avec Léonard Spiegel (Macaigne), un auteur/ami, pour un déjeuner. Tout en se cachant derrière des banalités, chacun sonde les envies de l’autre: Léonard changera-t-il enfin de source d’inspiration (lui-même, très exclusivement)? Danielson passera-t-il au-dessus de son besoin de vendre pour revenir à des préoccupations vraiment artistiques?

Le soir, avec sa compagne (Binoche), il débriefe: il n’éditera pas Léonard. Trop narcissique. Pas assez dans le renouveau. Il ignore que Léonard est très proche de sa femme, laquelle vante discrètement les mérites de cet artiste "authentique". Pendant ce temps, Danielson trompe sa moitié avec l’aventureuse Laure, engagée pour s’occuper du passage au livre virtuel. Mais un livre virtuel est-il encore un livre? Ou un simple texte? Les discussions font rage dans tout le métier, avec comme ligne de mire la fin d’un monde (celui des idées), le début d’un autre (impossible à imaginer) et potentiellement le chômage pour tous…

"Doubles vies"

Nouvelle génération

"Doubles vies" est littéralement truffé de passionnants dialogues sur le thème de la modernité, de l’hyper technologie, de l’aliénation de la pensée, de l’obligation (ou pas) de tout renouveler pour plaire à une nouvelle génération, pourtant réputée incernable… Mais jamais le film ne s’enlise dans un verbiage gratuit, car tout cela fait partie d’un cadre plus large: l’observation de l’homo sapiens en train d’exercer son activité favorite, imaginer l’avenir – et en parler avec d’autres homo sapiens, le plus possible. La parole, donc, est au cœur du projet, bien plus qu’une dramaturgie classique. Ici, pas d’enjeu ou presque, à part le chassé-croisé amoureux de deux couples. Pas de drame, pas de suspense, pas d’enquête: comme dans un Woody Allen, c’est la discussion perpétuelle qui crée la trame. Et qui donne au film un ton enjoué, réaliste, qui ressemble à la vie.

La sauce prend avec d’excellents acteurs, capables de réinventer des dialogues parfois volontairement pédants (on est à Paris!), avec un naturel désarmant.

Pour que ce genre de sauce prenne, il faut d’excellents acteurs, capables de réinventer des dialogues très longs, et parfois volontairement pédants (on est à Paris!), avec un naturel désarmant. Binoche, on s’en doute, excelle en actrice de télé, mais bobo et un peu lunaire. Guillaume Canet surprend, après "Rock and Roll" et "Le grand bain", en se coulant une nouvelle fois dans la peau d’un personnage attachant malgré ses airs revêches. Quant à Vincent Macaigne, il confirme son statut de nouveau venu adulé, avec ce rôle sur mesure de gentil romancier, imbu et narcissique jusqu’à la drôlerie, et maniant l’autocomplaisance avec une candeur telle qu’on ne peut que la lui pardonner…

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