"Into the Night", la nouvelle série Netflix décolle de Zaventem

Vincent Londez (le scientifique Horst) et Alba Gaïa Bellugi (l'influenceuse Inès).

Réalisée par les Belges Inti Calfat et Dirk Verheye, et produite par Entre Chien et Loup "Into the Night", la première série belge de Netflix Original, débarque ce vendredi 1er mai. 12 passagers confinés dans un avion qui tentent d’échapper à la fin du monde…

Tandis que le soleil se met à tout tuer sur son passage, un petit groupe de rescapés décolle en catastrophe de Bruxelles et vole indéfiniment dans la nuit, toujours plus à l’Ouest, pour éviter de voir poindre ses rayons vengeurs. C’est le pitch intrigant de la première série belgo-belge que va diffuser Netflix dans 200 pays à partir de vendredi.

Thriller
♥ ♥ ♥
«Into the Night»

De Jason George (XIII). Par Dirk Verheye et Inti Calfat, réalisateurs.
Avec Pauline Étienne, Astrid Whettnall, Nabil Mallat, Babetida Sadjo, Jan Bijvoet...

 Lien vers la série sur Netflix (en ligne le 1/5/20)

 

Une aubaine pour la société de production bruxelloise Entre Chien et Loup (>lire l'interview de Sébastien Delloye) qui s’était manifestement fait remarquer avec "Ennemi public" et sa participation à la série "Versailles". La voilà de plain-pied dans la stratégie du géant américain qui consiste à favoriser des productions locales pour consolider son avance sur ses concurrents Amazon, Disney et Apple.

"Nous avons beaucoup appris dans la manière de raconter efficacement une histoire, tandis que nous avons, je crois, apporté à Jason George un certain type de sensibilité et d’intégrité qui allait dans le sens d’une approche réaliste."
Dirk Verheye
Réalisateur

Tournée en partie en Belgique avec une équipe à 80% wallonne, bruxelloise et flamande, mais surtout en Bulgarie dans d’anciens studios soviétiques où pullulent les décors à bas coût, "Into the Night" a été pilotée par un show runner américain, Jason George, auteur-producteur de l’adaptation d’un roman de Jacek Dukaj, "The Old Axolotl", en tandem avec le duo de réalisateurs flamands Inti Calfat et Dirk Verheye, à qui l’on doit la série à succès "Over Water" (2018) et par ailleurs dotés d’une solide expérience internationale de réalisateurs de pubs.

Symbiose belgo-américaine

"Actuellement, il y a pas mal de réalisateurs de séries belges qui se font connaître à l’étranger, avec des participations remarquées dans des séries comme 'House of Cards' ou 'Peaky Blinders'", explique Inti Calfat. "On nous a demandé comment on se saisirait de cette histoire." Dirk Verheye prévient: "Apporter notre touche était la condition pour entrer dans l’aventure. Et il y a eu une belle symbiose entre Jason George et nous, mais lui est clairement américain et nous, clairement belges… Nous avons beaucoup appris dans la manière de raconter efficacement une histoire, tandis que nous lui avons, je crois, apporté un certain type de sensibilité et d’intégrité qui allait dans le sens d’une approche réaliste."

INTO THE NIGHT Bande Annonce VF (2020) Survival dans un Avion.

Après les premières tractations, en février 2019, un tournage de deux mois et demi s’est rapidement mis en place pour fournir les six épisodes montés en juin. "Avec 12 heures d’affilée, les horaires de plateau d’une production Netflix sont différents des autres productions. C’était très éprouvant!", témoigne la jeune actrice belge Pauline Étienne ("Le bel âge", "Ennemi public") qui incarne une ex-pilote de l’armée en passe de se suicider et qui forme un tandem réussi avec le pilote de l’avion, incarné par Laurent Capelluto ("La lutte des classes", "La vérité"). "Sur un tournage, ce qui crée de la fatigue, c’est l’attente", réagit ce dernier. "Ici, nous étions sur le grill tout le temps. J’ai le souvenir d’un tournage excitant avec des réalisateurs qui nous donnaient une direction tout en nous faisant confiance, et un show runner frappant dans sa capacité de décision." Babetida Sadjo ("And Breathe Normally") abonde: "Il est rare pour un acteur de porter un personnage deux mois et demi durant, 12 heures par jour. Cela nous a permis une introspection quasi physique de nos personnages."

Psychologie des personnages

Le tournage s’est d’ailleurs fait autant que possible en suivant la chronologie du scénario pour permettre aux acteurs d’entrer dans l’épaisseur de leur personnage et dans la dynamique de groupe de cette mini société forcée de s’entendre pour survivre. "L’un des points-clés, dans la sélection du casting, c’était la personnalité des acteurs que nous avons intégrée à l’écriture de la série", reprend Inti Calfat. "12 personnes dans un avion qui représentent diverses nationalités en Europe et qui doivent réussir à s’unir pour surmonter le désastre annoncé", précise Dirk Verheye.

Parti comme un scénario catastrophe, la série bifurque en effet vers le thriller psychologique où les jeux de rôles et de pouvoir, les faux-semblants se transforment en continu. "Pour se sauver, choisit-on l’autocratie, la démocratie, un leader autoritaire? C’est une belle métaphore de notre époque", dit Inti. "Nous questionnons la vanité humaine. On se prend pour dieu, on voyage partout, on fait ce qu’on veut, mais qu’arrive-t-il quand la nature reprend ses droits?"

Et Babetida Sadjo de conclure: "Nous sommes un échantillon de l’humanité mis en capsule dans un monde prêt à exploser. C’est un appel pour la société moderne où il n’existera bientôt ni Blancs, ni Noirs, ni riches, ni pauvres, mais des êtres humains face une menace existentielle avec cette question: 'Arrivera-t-on à se transcender pour survivre?'"

Révélation de la série, l'acteur germano-turc multiprimé Mehmet Kurtulus. (c) Netflix

Critique | Tenir jusqu'au deuxième épisode!

Arraisonné par un fou furieux qui se présente comme un major de l’Otan, un avion de la compagnie Be Airways, qui procédait à son embarquement sur le tarmac de Zaventem, décolle en catastrophe avec 12 passagers à son bord. Il faut éviter que le soleil ne se lève sous peine de mourir illico, vocifère l’individu armé, que les autres passagers ne semblent pas prendre plus au sérieux que le spectateur de ce premier des six épisodes d’"Into the Night", la série belge de Netflix (lire ci-contre).

Un démarrage poussif, des acteurs qui surjouent et c’est plié? Pas si l’on tient jusqu’au second épisode qui s’ouvre comme les suivants par un flashback éclairant la vie d’un personnage-clé de ce huis clos étouffant. On comprend alors qu’on n’était pas parti pour un film d’action mais pour un thriller psychologique à la manière de "Lost", passant au crible toutes les tensions qui peuvent traverser un groupe d’individus avec la mort aux trousses.

Une mini société confinée

Dans la pénombre bleutée de la carlingue, la tension monte pied par pied pour mettre à nu jeux de pouvoir, violences, séductions, alliances et rôles sociaux qui font et défont une société humaine. Plus les épisodes s’enchaînent, plus les acteurs, au départ dépareillés, s’emparent de leur personnage et font corps avec l’intrigue.

On épinglera deux duos inversés: Pauline Étienne et Laurent Capelluto dans le cockpit, l’une dévoilant sa force, l’autre, sa fragilité, et dans la carlingue, Jan Bijvoet et Mehmet Kurtulus, véritable révélation de la série. Le premier incarne le délateur type, délicieusement horripilant, le second, un maquereau turc au grand cœur, véritable force de la nature, mais pas sans failles. Car le soleil éclaire chaque recoin de l’âme et gare à qui n’ose pas regarder.

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