interview

Charlotte Rampling: "J'ai peur de beaucoup de choses mais elles sont invisibles"

©BELGA

Récompensée à la Mostra de Venise pour son rôle dans "Hannah", Charlotte Rampling est une actrice aussi à l’aise dans le cinéma d’auteur que dans les blockbusters. À 72 ans, elle ose tout avec un talent fou.

 

En partie tourné en Belgique, "Hannah", d’Andrea Pallaoro, est le portrait intimiste d’une femme dont le mari a été arrêté et emprisonné. Laissant au spectateur le soin d’imaginer le pourquoi du comment, la caméra suit l’héroïne dans les menus détails de son quotidien. On pense un peu au cinéma de Chantal Akerman et l’ambiance belge y est sans doute pour quelque chose…

On a l’impression que, ces dernières années, vous avez entamé une deuxième, voire une troisième carrière.
Mais c’est peut-être cela une vie? Je fais toujours la même chose, dans le sens où il s’agit de cinéma. Il y a eu des arrêts, des tournants. En vieillissant dans le cinéma, on est obligé d’être différent. Dès le début, je savais que je faisais les choses d’une autre manière. Je ne voulais pas courir toujours avec les autres.

"Hannah"

Note: 2/5

De Andrea Pallaoro.

Avec Charlotte Rampling, André Wilms, Stéphanie Van Vyve

Vous avez été découverte à 17 ans et choisie pour une pub de Cadbury. Depuis, vous avez joué dans plus d’une centaine de films.
J’ai vécu ma vie d’une telle façon que je puisse avoir un témoignage visuel de tout ce que j’ai fait.

Dans "Hannah", vous avez très peu de dialogues. Tout repose sur l’expression du visage et des gestes. Se prépare-t-on à ça?
Non. On est choisi parce que l’on est ce personnage. Le réalisateur a écrit ce rôle en pensant à moi.

Pour ce rôle, vous avez obtenu, à Venise, la Coupe Volpi de la meilleure actrice. Vous attendiez-vous à cette récompense?
Le film ne pouvait être programmé qu’à la fin du festival. Il y avait beaucoup de bons acteurs. Je ne pensais déjà pas être en compétition. Et je ne songeais pas du tout à une récompense.

Hannah - Bande Annonce

Il me semble que ce qui sauve votre personnage du désespoir, c’est sa routine quotidienne.
Comprenez-vous ça? Ce sont les rituels quotidiens qui nous permettent de nous reconstruire après un drame. Et cette femme fait ça tout en continuant son job comme femme de ménage chez une amie et ses cours d’expression théâtrale et corporelle. Quelqu’un m’a fait remarquer que mon personnage ne pouvait pas avoir beaucoup d’expression (du visage notamment) parce que lorsqu’on souffre, on a peu d’expression. On est juste là. Mais la douleur, on ne peut pas la changer.

©BELGA

Vous n’avez jamais été dans le registre de la drama queen.
Très vite, j’ai su que je ne savais pas le faire. Par contre, j’ai fait des comédies élégantes. On a aussi bien le drame que l’humour en nous. Plus jeune, je pensais que j’étais une sorte d’incarnation de la grande Katharine Hepburn. Elle avait le chic pour faire passer la désinvolture dans son jeu.

Vous êtes aussi à l’aise dans le cinéma d’auteur que dans les blockbusters américains comme "Red Sparrow". Vous n’avez pas de complexes?
Non, il suffit de choisir. Il faut que le rôle vous corresponde, quelle que soit la production. Jeune, je dégageais quelque chose qui me dépassait, me surprenait. J’étais donc surprise des effets de "Portier de nuit". Une actrice ou un acteur n’est pas responsable de ce que ses rôles véhiculent. Ce qui est important, c’est l’œuvre.

©BELGA

Quand vous jouez avec une star comme Jennifer Lawrence, vous en parlez de cet impact de l’œil du public sur vos vies de femmes?
Aujourd’hui, des stars comme elles sont envahies par ça. Surveillées et commentées en permanence. Pour moi, ce n’était pas du tout comme ça. Ma vie privée était bien séparée de ma vie professionnelle. Mais peut-être parce qu’elles sont nées avec ça, elles gèrent assez bien. Jennifer est très naturelle, pas du tout diva. Elle n’a pas été affectée par le fait d’être une star number one.

Vous ne portez pas ou peu de maquillage, n’usez pas du botox et apparaissez nue au cinéma (comme dans "Hannah"). En fait, vous n’avez peur de rien.
J’ai peur de beaucoup de choses mais elles sont invisibles. Et je défie tout le reste. Pas de limites!

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