Jamais sans mes filles

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Un homme dépressif va tout faire pour assurer son rôle de père au foyer. Avec un Mark Ruffalo au sommet de son art, ce film indépendant nous dresse le portrait d’une Amérique touchante et intelligente.

Les années 70, la banlieue de Boston. Un homme, en T-shirt et mini-short vert pomme, poursuit ventre à terre un mini-van bourré d’objets hétéroclites. Au volant, une jolie femme de 35 ans consent à ralentir. Tout en courant, l’homme lui indique un raccourci, pour éviter les embouteillages en arrivant à New York. Est-ce qu’elle se souviendra? La jeune femme sourit au coureur, elle le rassure. À la place du passager, un chevelu propose qu’on accélère le mouvement: c’est son van, qu’il prête pour le déménagement, mais il n’a pas toute la journée. Le coureur a encore la force de crier: eh, c’est ma femme que vous emportez! Ladite femme finit par accélérer, et le van disparaît. L’homme reste seul, exténué. Dans son œil, un doute abyssal. Arrivera-t-il à faire face à l’abandon, et à la vie qui l’attend?

Un film sans prétention, mais dont la petite musique finit par s’immiscer en vous, pour ne plus vous quitter avant longtemps

Cette séquence d’une minute suffit à résumer tout l’esprit de "Infinitely Polar Bear", un film sans prétention, mais dont la petite musique finit par s’immiscer en vous, pour ne plus vous quitter avant longtemps. Pendant plus d’un an, nous sommes invités à suivre les hauts et les bas de cette famille non conventionnelle, où c’est la maman qui décide de reprendre de hautes études à la Columbia University de New York, pour augmenter le niveau de vie familial. Le père, désœuvré, excentrique, est issu du très bon milieu bostonien. Il a surtout été diagnostiqué bipolaire. C’est du moins ce qu’ont compris ses deux filles, qui voient évoluer avec un œil sceptique ce père-ours (polaire), qui prend tout à rebrousse-poil. Un jour gai, un jour triste, un jour bricoleur, un jour paresseux, il a aussi ses jours avec alcool pour tenir la journée, et ses jours sans. L’entourage familial, et médical, ne croit pas trop en ses chances. C’est un bien drôle de pari tenté par la famille: celui qui a bien du mal à s’occuper de lui-même pourra-t-il aussi s’occuper de ses deux filles? Comme le dit l’affiche, "la famille est parfois le meilleur des médicaments"…

Des séquences poétiques

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Faut-il avoir eu un parent bipolaire pour apprécier ce film? Pas obligatoirement. Car les êtres humains ont tous leurs forces et leurs faiblesses. Et Cameron, bien que présentant sans doute des penchants dépressifs, n’est pas réellement atteint d’un trouble tel qu’il l’empêcherait de s’occuper de ses filles pour de bon. Idéaliste et hyper sensible, il cherche l’amour jusque chez ses voisins, dont il porte les courses, et plus si affinités. Toujours d’attaque, mais jusqu’à épuiser les siens, il finira par trouver un rythme viable, aussi bien pour lui que pour les autres…

"Infinitely Polar Bear"

De Maya Forbes

Avec Mark Ruffalo, Zoe Saldana, Imogene Wolodarsky, Ashley Haufderheide…

 

Le film nous propose une narration par saynètes. Cameron et ses filles jouent au basket. Cameron et ses filles rangent l’appartement. Cameron et ses filles achètent une voiture. Cameron et ses filles en visite chez la tante millionnaire… Les séquences, poétiques, se succèdent au son de la musique de l’époque, sans esbroufe, mais en établissant une connexion de plus en plus forte avec le spectateur. Le jeu des acteurs n’y est pas étranger: Mark Ruffalo, comme à chaque rôle, nous rappelle qu’il est l’un des meilleurs d’une génération qui compte pourtant également Edward Norton, Brad Pitt, Matt Damon ou Robert Downey Jr… Zoe Saldana ("Avatar") est parfaite en mère métisse émancipée. Quant aux filles, dont l’une n’est autre que la propre fille de la réalisatrice, elles donnent au film l’épaisseur qui aurait pu lui manquer si leur rôle avait été aminci et réduit au rang d’utilités mignonnes, comme cela arrive si souvent à Hollywood.

"Infinitely Polar Bear" ne restera pas dans les annales comme un chef-d’œuvre impérissable, mais il pourrait bien figurer, grâce à sa décontraction, son authenticité et ses instants de magie, parmi les belles découvertes de cet été.

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