Jan Decleir et Stijn Coninx ciblent les Tueurs du Brabant

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25 ans après la nomination de "Daens" à l’oscar, Stijn Coninx et Jan Decleir se retrouvent et créent une crise de conscience autour des tueurs du Brabant. 3/5

Alost, milieu des années 80. Une famille modèle s’apprête à rejoindre l’appartement des grands-parents pour la soupe dominicale. Alors qu’il met la table, Pépé entend des coups de feu. Il se jette dans la rue où les gens se dispersent en hurlant. Sur le parking du Delhaize, des dizaines de silhouettes ensanglantées. Quelques heures plus tard, Pépé identifie les cadavres de sa fille, son beau-fils, sa petite-fille. David, 9 ans, a miraculeusement échappé aux tueurs. Commence alors une épopée, double: élever le petit le moins mal possible; et peut-être essayer de comprendre qui assassine des innocents, sans motif apparent.

"Niet Schieten" ("Ne tirez pas")

De Stijn Coninx. Avec Jan Decleir, Viviane De Muynck, Mo Bakker, Jonas van Geel… | 4/5

Avec son redoutable sens du récit et de la mise en scène, Stijn Coninx nous plonge dans l’horreur de ces années où notre petit pays était le théâtre d’un incroyable bain de sang. En même temps, il nous offre un film fleuve sur la résilience. Au-delà des questions politiques qui, en filigrane, questionnent notre démocratie, il nous invite à suivre des personnages inoubliables, Jan Decleir en tête dans le rôle du papy en mission. Le film peine toutefois à trouver sa fin: sans doute parce que de trop nombreuses pièces manquent à ce puzzle qui reste comme une plaie béante dans le cœur de tous les Belges.

Niet Schieten - Teaser

Jan Decleir

Choisir ce film, c’est un choix politique ou artistique?

Peut-être d’abord politique, par sa portée. Mais avant tout, ce qui m’a décidé, c’est la rencontre avec David (Van de Steen). Il a envoyé son livre ("Ne tirez pas, c’est mon papa", Jourdan Éditions) à Stijn en 2010, et, depuis, l’histoire s’est peu à peu imposée. Par sa force, parce qu’elle raconte à la fois sur un plan personnel, au niveau du pays, et au niveau des principes. On sait à quel point la vérité est nécessaire pour faire son deuil. Ici, c’est un jeune garçon qui n’arrive pas à avancer parce qu’on ne lui donne pas de réponse. Ni la police, ni l’État, ni personne. Son grand-père non plus n’arrive pas à grand-chose, malgré toute sa volonté. En fait, personne n’y arrive, pas même les dizaines d’enquêteurs mis sur le coup pendant des décennies.

Le film pose la question du pourquoi?

Oui. Et la réponse est claire: il y a des gens très bien placés qui ne veulent pas que la vérité éclate. Tout simplement. Déjà, pour qu’on vienne prendre la déposition de son petit-fils cloué sur son lit d’hôpital, mon personnage doit insister comme un fou. Pourtant, le petit a regardé son assassin dans le blanc des yeux, à un moment où son masque tombe, littéralement.

"Il y a des gens très bien placés qui ne veulent pas que la vérité éclate. Tout simplement."
Jan Decleir Acteur

Quelle est votre théorie à titre personnel?

C’est le côté horrible de ce drame: je ne sais pas. Beaucoup de pistes se valent. On sait que certains étaient proches de la gendarmerie. Qu’ils utilisaient des techniques de commando comme le fait d’achever les victimes au sol d’une balle dans la nuque. L’autre question, ce n’est pas "qui?" mais "pourquoi?" Terroriser, certes, mais dans quel but? Ils ne touchaient presque jamais à l’argent. Le goût du sang? Effrayer tout le pays?

Travaillez-vous différemment pour incarner un personnage réel comme ici ou dans "Daens", ou un fantasme de scénariste comme dans "De zaak Alzheimer"?

Il n’y a pas de recette. J’ai construit ce personnage comme les autres. Le grand-père est mort une année avant qu’on ne commence. J’avais des photos. Mais c’est surtout la psychologie qui importe. Pour Daens, il existe un livre écrit par son frère. Ici, j’avais le livre de David. Et la façon dont un petit-fils raconte ce grand-père qui aura passé toute sa vie à essayer de comprendre pourquoi il a perdu les siens.

Stijn Coninx

Quelle est votre théorie?

Tellement d’avis ont été donnés que c’est le bazar. Violence aveugle, actions politiques, vengeance personnelle, chantage… Je pense que dans toutes ces hypothèses, il y a une part de vérité. Être victime d’un attentat, c’est de la malchance. Ici, certaines des victimes étaient clairement des cibles. Et d’autres pas.

Pourquoi ce sujet?

C’est la thérapie d’un homme. Mais ça pourrait aussi être la thérapie de tout un pays. Nous présentons le film en avant-première depuis une semaine: à chaque séance, quelqu’un prend la parole pour nous dire qu’il est directement apparenté à l’une des victimes. Juste après, la personne confesse qu’on a voulu étouffer son besoin de vérité, le plus souvent par le découragement, le pourrissement.

Formellement, vous êtes assez classique. Pourtant, on peut parler de cinéma engagé…

Sans aucun doute. Le constat c’est: si ça c’est possible, alors tout est possible. La corruption au plus haut degré. On parle de démocratie, de capitale de l’Europe, mais sous certains aspects, notre Belgique ne ressemble-t-elle pas à une mauvaise blague? Un grand carnaval?

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