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Jean Dujardin: "L'affaire Dreyfus est toujours une plaie béante en France"

©Cineart

Polanski signe avec "J'accuse" un très grand film sur l’affaire Dreyfus qui a coupé la France en deux à l'aube du XXe siècle. Jean Dujardin y brille.

Il ne parlera que de l’affaire Dreyfus, pas de l’affaire Polanski (cet entretien a été réalisé avant que Le Parisien ne publie le témoignage de Valentine Monnier, qui affirme avoir été violée par le cinéaste en 1975. Jean Dujardin a depuis annulé une interview au JT de TF1, NDLR). Jean Dujardin maîtrise son sujet jusqu’au bout des doigts. Il a de la chance. Le "J’accuse" de Roman Polanski est passionnant. Parce que, à certains égards, la France de 1895 ressemble à celle de 2019. Avec plein de détails qu’on n’a pas assez d’une page de journal pour détailler ce film qui a obtenu le Lion d’argent à la Mostra de Venise.

C’est la première fois que vous vous embarquez dans un film historique dramatique. Pourquoi celui-ci?
Parce que l’histoire m’a plu. Parfois, les histoires ont plus de talent que la vie. L’affaire Dreyfus est une grande histoire qu’on ne connaît pas ou peu. Et que j’ai découverte en lisant le scénario et bien plus. Parce que Roman m’en parlait bien et que je me sentais prêt pour le faire. À quarante-sept ans, ce sont des très beaux rôles que je peux, peut-être, prétendre interpréter. Je prends de plus en plus des projets qui me font peur et celui-là est assez redoutable.

"Quand une société ne va pas très bien, il se trouve que les mêmes modèles ressortent."

Vous n’aviez pas de réticences à jouer sous la direction de Roman Polanski?
Si vous faites référence à l’homme, c’est autre chose. Si vous faites référence au metteur en scène, je n’avais aucune réticence. Je ne parlerai que de l’affaire Dreyfus et pas de l’affaire Polanski.

Selon vous, le climat antisémite de la France en 1895, où débute l’affaire Dreyfus, ressemble-t-il peu ou prou au climat actuel?
On dit que cela ressemble beaucoup aux années 30. Quand une société ne va pas très bien, il se trouve que les mêmes modèles ressortent. On cherche à couper des têtes et une hystérie collective se met en place. Et encore plus maintenant avec les réseaux sociaux. Donc, oui, il y a de l’écho avec notre époque. Quand on a tourné la scène avec l’autodafé, deux jours avant, il y avait des tags antisémites sur des vitrines. En 1895, c’est une époque bourgeoise catholique qui ne supporte pas autre chose que la France. La judaïté rentre dans la société, les intellectuels et les artistes juifs arrivent, cela pose un problème. Et si on doit pouvait trouver un bouc émissaire, autant qu’il soit Juif. On en est là à cette époque. Ce film, ce n’est pas que ça. C’est aussi un très bon thriller. Et je pense que c’est la première motivation du réalisateur.

Bande-annonce

Selon vous, le lieutenant-colonel Picquart, votre personnage, c’est un homme juste et droit?
Il est très courageux et très intègre. Il transpire l’armée. Et on lui demande de se renier lui-même mais c’est impossible. Il était l’un des plus jeunes lieutenants-colonels de l’armée et il finira ministre de la Guerre. Son pedigree est exemplaire. Ils sont vraiment tombés sur les mauvais chevaux. Entre l’un qui était marié à une fille de diamantaires, qui avait une très bonne solde, une bonne situation et aucune raison de trahir la France et l’autre qui est d’une intégrité sans failles.

Comprenez-vous ce degré de lâcheté des généraux et des ministres dans l’affaire Dreyfus?
À ce moment-là, l’armée ne veut pas s’embarrasser. Elle va au plus vite et au plus court. Elle veut reprendre l’Alsace et la Lorraine. On est aux prémisses de l’espionnage. On prépare la guerre de 14. Elle ne veut pas s’emmerder avec un Juif que tout le monde déteste. Tout ce qui est dans le film vient des comptes-rendus des audiences du procès. On sent bien que si la population n’a plus confiance en son armée, celle-ci joue sa dernière carte. Mais le bateau coule, on le sait. L’affaire Dreyfus est toujours une plaie béante en France.

"J'accuse", de Roman Polanski

Note: 4/5

Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuel Seigner...

Quel genre de réalisateur est Roman Polanski?
Il vous pousse à bien réfléchir. Vous vous sentez toujours plus intelligent après une conversation avec lui. Faire un film, il y en a plein qui le font. Faire une œuvre, c’est autre chose. Il recentre tout le temps sur l’enjeu et sur le détail. Il a fait les Beaux-Arts et possède une certaine idée de l’esthétisme.

Pour ce film, pensez-vous obtenir un prix?
Je m’en fous des prix et des médailles. Si vous en voulez, faites du sport! Moi, je ne suis pas du tout compétiteur. J’ai toujours dit que j’étais là pour m’amuser.

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