Jeanne Brunfaut: "Les gens veulent des films, par la porte ou par la fenêtre"

"Jumbo" de Zoé Wittock. (c) Doc

Pour les pros du secteur, comme pour le spectateur lambda, le cinéma belge s’adapte au confinement général et s'invite chez vous. Interview avec Jeanne Brunfaut, Directrice générale adjointe du Centre du Cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Vous ne pouvez plus aller au cinéma? Le cinéma belge vient à vous!
Le cinéma belge à la maison

Lair est connu désormais: qui dit confinement, dit culture; qui dit culture, dit cinéma, et qui dit cinéma dit cinéma belge. Via le site lecinemabelgealamaison.be, nos instances nous facilitent la vie en compilant les plateformes de VOD où visionner les films bien de chez nous qui n’avaient pas fini d’être exploités – ou qui n’étaient carrément pas encore sortis. Jeanne Brunfaut, Directrice générale adjointe du Centre du Cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous raconte comment le cinéma va s’adapter, pour les pros comme pour le grand public. 

Jeanne Brunfaut (c) Cinévox

Comment analysez-vous la réaction du milieu, qui ne s’avoue pas vaincu et multiplie les offres VOD?
J’ai senti une grande détresse dans le secteur, et presque en même temps une énorme envie. Tout ce qui s’arrête, les financements en stand-by, les tournages, la recherche en Tax Shelter, les assurances qui ne fonctionnent pas pour ce cas tellement à part, etc. À côté de ça, la volonté de vouloir consommer de la culture. Tous les opérateurs trouvent des systèmes, par la porte ou par la fenêtre. Pas seulement pour le cinéma belge évidemment. C’est un domaine vital, d’abord pour l’économie, et on connaît tous les chiffres sur le poids énorme de la culture. Mais c’est vital aussi pour le fonctionnement intime de l’être humain. C’est un besoin. Après il faut trouver les formules.

«Quand elles vont rouvrir, ça va être extraordinaire, le côté événementiel, festif, va nous sauter au visage. On aura l’impression d’aller au cinéma pour la première fois.»

Le Centre du Cinéma crée un site "le cinéma belge à la maison"…
Oui, pour que les films belges qui allaient sortir, ou en cours d’exploitation, soient encore visibles ("Filles de joie", "Adoration", "Jumbo"...). On va faire un compte Instagram, une campagne média avec spots radio sur la RTBF, des encarts presse, etc. La ministre va communiquer ce mercredi. Sur le site Auvio, il y aura en "rattrapable" le film belge de la semaine proposé sur La Trois chaque jeudi. Avant, les films restaient une semaine; aujourd’hui, il y a l’idée de les garder plus longtemps pour gonfler l’offre.

On pourrait aussi mettre à disposition des films belges plus anciens?
Pour cela, il faut appeler les producteurs un par un pour voir où en sont les droits. Ça va prendre un peu de temps, mais tout le monde est très motivé.

Bande Annonce Officielle de "Jumbo" de Zoé Wittock

La crise sanitaire oblige à revoir le modèle…
Absolument. Je suis très curieuse de voir les chiffres. Évidemment, certains films ne profiteront pas de l’exposition due à une sortie en salles. Mais en même temps aujourd’hui la demande est énorme, les spectateurs sont à l’affût. Est-ce que ça compensera? On l’espère. On n’aurait jamais osé expérimenter ça en temps normal, mais on pourrait être agréablement surpris. En fait, j’espère que cette crise, sur la longueur, aura permis le meilleur des deux mondes, des deux canaux. Dans un premier temps attirer l’attention sur les sites VOD, je pense par exemple à universcine.be qui depuis toujours propose beaucoup de films de qualité, et beaucoup de films belges en particulier. Et ensuite que les gens retrouveront le plaisir d’aller dans les salles. Quand elles vont rouvrir, ça va être extraordinaire, le côté événementiel, festif, va nous sauter au visage. On aura l’impression d’aller au cinéma pour la première fois.

Losers Revolution - Bande Annonce

Pour les professionnels, quelles sont les mesures?
Pour tout ce qui est délais, nous allons rajouter un nombre de mois au moins équivalent au confinement. Je pense par exemple à l’agrément, dont dépend du financement du film – les producteurs ont un certain nombre de mois pour trouver le reste du financement après une promesse d’aide de la Fédération. Même chose pour les primes au réinvestissement, que nous pourrions assouplir. Ce sont des primes octroyées en fonction du résultat de l’exploitation. Cette somme doit habituellement être réinvestie dans une œuvre ultérieure, ça permet de favoriser le développement des projets suivants.

Il est très important pour les auteurs et les producteurs de garder tout cela en place: souvent les projets sont portés depuis de nombreux mois, voire des années, et un blocage institutionnel pourrait fragiliser bien des initiatives, voire la pérennité de maisons de production plus "fragiles". Il faut garder les choses vivantes, ne pas laisser retomber les énergies ni créer de l’insécurité. Nous allons tout faire pour conserver le calendrier des dates de dépôt pour les demandes d’aide, en utilisant au mieux la technologie qui permet aujourd’hui de se rassembler virtuellement 50 personnes sans problème. La culture est essentielle à notre vie à tous. Je suis sûre qu’elle trouvera la souplesse nécessaire pour surmonter cette crise.

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