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interview

Joachim Lafosse, réalisateur: "Cannes, c’est un contre-pouvoir"

Le réalisateur Joachim Lafosse en 2016. ©AFP

"Les Intranquilles", 9e long-métrage de Joachim Lafosse, sera présenté à Cannes. Et en Sélection Officielle, s’il vous plaît!

Habitué aux (déjà très prestigieuses) sélections parallèles, Joachim Lafosse concourt pour la première fois à la récompense suprême: la Palme d’or. Il y avait déjà eu par exemple «À perdre la raison» (Un certain regard, 2012), qui valut le prix d’interprétation à Émilie Dequenne, et «L’économie du couple» avec Bérénice Bejo, qui avait frappé les esprits à la Quinzaine des réalisateurs en 2016. Sans oublier, dès 2005, le prestigieux Atelier du festival, organisé pour accueillir de jeunes futurs auteurs. Rencontre avec un habitué des lieux, pas du tout blasé.

Cette sélection pour "Les Intranquilles", c’était important?

C’est le film que j’ai eu le plus de plaisir à tourner, celui où j’ai le plus été heureux avec les acteurs (Leïla Bekhti et Damien Bonnard, notamment, NDLR), c’est aussi je pense le plus accessible, et c’est aujourd’hui celui qui est choisi par le comité de sélection et Thierry Frémaux. Et pourtant la compétition était rude. Il y a deux tiers des films de l’année dernière qui sont restés au frigo pour éventuellement participer à la compétition cette année.

On pourrait penser que par temps de Covid il y a eu moins de tournages, mais les statistiques prouvent qu’on a tourné autant pendant les confinements, en Belgique comme à l’étranger. Ça s’explique par le fait que le cinéma européen est majoritairement financé par des fonds publics. La Commission de Sélection, la RTBF, Wallimage, tout cela a fonctionné, ce qui a permis à la profession de tenir le coup.

"Le matin, on se disait: 'Tu as vu tout ce qu’on a eu hier?', et, le soir, on se disait 'vivement demain'."
Joaquim Lafosse
Réalisateur

Vous avez souffert du marasme ambiant pendant le tournage (juillet-sept 2020)?

Pas trop. Sur le plateau je n’avais jamais vu une équipe aussi investie. On a tous été impressionnés par les acteurs, c’était fascinant pour moi, mais aussi pour l’équipe. Le matin, on se disait: «Tu as vu tout ce qu’on a eu hier?», et, le soir, on se disait «vivement demain». C’était lié aussi à cette ambiance particulière, pas mal de gens avaient peur qu’on doive arrêter.

L'économie du couple - Un film de Joachim Lafosse - Bande-annonce officielle

Est-ce qu’on peut en savoir plus sur le sujet, en avant-première?

Il y a quelque chose d’universel je pense, c’est en tous cas ce qui ressort des premières projections. Comment fait-on quand, dans un couple, il y en a un qui défaille, et n’est pas là comme il le souhaiterait? Est-ce que celui qui défaille – par honte, par gêne, par peur –, fuit, ou s’éloigne? Est-ce que celui ou celle qui voit son compagnon ou sa compagne défaillir va fuir à son tour? Jusqu’où peut-on soutenir quelqu’un qui va mal? On a tous à un moment été confrontés à ses questions. Ce n’est pas un film sur la dépression. Ça pourrait être l’alcoolisme, ça pourrait être le cancer. Il se fait que moi, j’ai grandi dans une famille où il y avait un maniaco-dépressif, et que je filme mieux ce que je connais.

"Jusqu’où peut-on soutenir quelqu’un qui va mal? On a tous à un moment été confrontés à ses questions."
Joachim Lafosse
Réalisateur

Quelle est la place de Cannes dans votre carrière?

Ça a été crescendo. C’est pour ça que je suis très heureux. On ne va pas se mentir: cela fait 15 ans que je rêve d’aller en compétition. Ici c’est un beau dénouement après une année particulière. J’ai aussi fait des films qui n’ont pas été à Cannes, comme «Les chevaliers blancs», avec ce que ça comporte de difficile et de douloureux.

Cannes, ça a été globalement très positif?

Pour moi, Cannes, c’est un lieu très important. D’abord, c’est un contre-pouvoir. N’oublions pas que le cinéma est aussi une industrie. Le comité de sélection peut soutenir et faire exister aussi bien de petits films que de très grosses productions. Ça peut «venger» quelque part un film qui ne serait pas aimé par toute la critique, ou qui aurait vécu de gros problèmes de financement et qui finalement est sélectionné. Je pense par exemple à un distributeur qui s’est désisté à cause d’une certaine radicalité que je souhaitais donner à un film, causant énormément de problèmes de financement. Et qui ensuite «regrette» lorsque le festival reconnaît les qualités du film… et que les entrées suivent.

" On ne va pas se mentir: cela fait 15 ans que je rêve d’aller en compétition. Ici c’est un beau dénouement après une année particulière."
Joaquim Lafosse
Réalisateur

Pour «À perdre la raison» (qui revient sur l’affaire Lhermitte, NDLR), on avait un procès sur le dos avant même le tournage! S’il n’y a pas eu Cannes pour dire «c’est un bon film» et éteindre la polémique, ce serait passé plus difficilement. Mon ambition a toujours été d’amener des choses complexes vers le grand public. Comme le disait Jean Vilar, l’élitisme, d’accord, mais pour tous. Le festival va dans la même logique. Pour moi, c’est un formidable allié.

Rencontre avec Joachim Lafosse

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