Jodie Foster et Tahar Rahim, un duel au sommet

Tahar Rahim et Jodie Foster, au centre du film de Kevin Macdonald qui raconte l’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, détenu pendant quatorze ans à Guantánamo. ©Â© The Hollywood Archiv

Jodie Foster en avocate, Tahar Rahim en prisonnier politique sous pression: un duo d’acteurs en état de grâce pour un grand moment de cinéma…

Voici un des films les plus attendus de l’été – et à juste titre. À ma gauche, la star internationale francophile et ambassadrice de bien des causes: Jodie Foster. À ma droite, le jeune Français d’origine algérienne révélé par "Un prophète", qui courtise lui aussi l’international depuis plus de dix ans: Tahar Rahim.

Le film est tiré du livre de Mohamedou Ould Slahi, détenu pendant quatorze ans à Guantánamo: "Les carnets de Guantánamo", devenu best-seller international.

Au centre: l’histoire vraie de Mohamedou Ould Slahi, détenu pendant quatorze ans à Guantánamo. Le film est tiré de son livre, best-seller international, intitulé "Les carnets de Guantánamo". Le résultat: un thriller politique digne du meilleur du genre, tel qu’il était en vogue dans les années 70 ("Les hommes du président" d'Alan Pakula, "Z" de Costa-Gavras…).

Jodie Foster, la passionaria

Elle n’a peur de rien, Jodie Foster. Au-delà du féminisme, elle exprime à chaque seconde une confiance extraordinaire, une force accompagnée de grâce, mâtinée de doute – comme tous les grands. Car elle ne se contente pas d’être icône – celle de la femme de tête – elle choisit avec soin les rôles au service d’une cause, d’une vision.

Celle qui a été ovationnée la semaine dernière par tout le monde du cinéma, pour sa Palme d’or d’honneur, a déjà essuyé les plâtres de Cannes il y a… 45 ans! En 1977, "Taxi Driver" va remporter la Palme, mais Martin Scorsese et Robert DeNiro ne le savent pas encore. Ils envoient au front la gamine de 13 ans, francophone parfaite, pour répondre aux interviews, charmer les journalistes avec sa blondeur et son innocence. Mais Jodie Foster ne va pas charmer avec sa blondeur et son innocence, elle va charmer avec son intelligence et son franc parler. Pour décrire son rôle, elle cherche le mot "prostituée" et précise qu’elle connaît bien d’autres mots pour décrire cette caste à part, mais qu’elle ne compte pas les employer. Une star est née.

Celle qui a été ovationnée la semaine dernière par tout le monde du cinéma, pour sa Palme d’or d’honneur, a déjà essuyé les plâtres de Cannes il y a… 45 ans!

Les rôles s’enchaînent, les femmes fortes façonnées, l’une après l’autre, par son regard clair et sa mâchoire volontaire. Premier Oscar à 25 ans pour "Les accusés", l’histoire d’une serveuse victime d’un viol collectif, qui aura le courage de demander justice. "La cruauté est peut-être très humaine et très culturelle, mais ça ne la rend pas acceptable", dit-elle dans son discours de réception du prix.

En 1992, deuxième Oscar pour le mythique "Silence des Agneaux", où elle incarne une enquêtrice du FBI naïve – mais pas très longtemps – face au tueur en série Hannibal Lecter. Entre temps, qu’a fait Jodie Foster? Réaliser son premier film, pardi: "Little Man Tate", sur les rapports difficiles entre une mère et son enfant surdoué.

À partir de là, une double carrière se déroule sous nos yeux: star ("Contact", "Maverick", "Panic Room"…) mais aussi réalisatrice ("The Beaver", avec Mel Gibson, ou "Money Monster", avec George Clooney). Absente des écrans depuis quelques années, elle reprend ici du galon avec son rôle d’avocate pro bono, plongeant dans l’enfer de Guantánamo.

Tahar Rahim, le prodige

Face à elle, un autre phénomène, à sa manière. En 2009, ce jeune homme presque inconnu est repéré par Jacques Audiard pour tenir le rôle principal de "Un prophète", film de prison aux accents mythologiques qui revisite complètement le genre. Aux Césars, le jeune homme gagne assez naturellement celui de meilleur espoir. Incroyable de candeur et de profondeur, il remercie. Mais une demi-heure plus tard, il faut voir le regard confiant que lui lance Jacques Audiard quand on prononce pour la seconde fois son nom. Tahar Rahim vient de rafler un second César pour le même rôle: meilleur acteur, s’il-vous-plaît.

Bande-annonce du film "Désigné coupable"

Depuis, il vogue tranquillement entre les rôles en français et en anglais, entre le cinéma national et international. Parfait en second couteau face à Omar Sy dans "Samba", il fait également merveille dans "Le passé" du génial réalisateur iranien Asghar Farhadi. Ou dans la récente série Netflix "Le serpent", où il incarne un trafiquant franco-thaïlandais,  prédateur sans scrupule, "consommant" les uns après les autres des touristes en sac à dos…

"Désigné Coupable"

Son rôle de prisonnier sans existence réelle (Guantánamo est, de facto, une zone de non droit), lui permet de nous resservir une bonne tranche de son génie. Chaque minute est traversée d’une dose égale de candeur et d’abîme. Coupable? Non coupable ? Complice? Victime? Manipulateur? Le spectateur, comme ses avocates, voyage à vue au pays du bien et du mal.

Chaque minute est traversée d’une dose égale de candeur et d’abîme. Coupable? Non coupable? Complice? Victime? Manipulateur? Le spectateur, comme ses avocates, voyage à vue au pays du bien et du mal.

Pour "unir" ces deux grands, il fallait un metteur en scène de talent, capable de transcender les codes du genre (les scènes de parloir, ça pourrait vite devenir barbant), mais aussi de donner au récit un rythme prenant. On l’a trouvé en la personne de Kevin Macdonald. Le réalisateur écossais avait déjà ravi les cinéphiles avec son documentaire alpiniste "Touching The Void" et surtout avec "Le dernier roi d’Écosse", qui valut un Oscar à Forrest Whitaker en Idi Amin Dada. Ici, il fait le portrait intime de la victime d’une dictature sans merci – laquelle se proclame la plus grande démocratie au monde: les États-Unis.

Drame

"The Mauritanian" ("Désigné coupable")

De Kevin Macdonald, avec Tahar Rahim, Jodie Foster, Shailene Woodley, Benedict Cumberbatch…

Note de L'Echo: 4/5

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