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"Judas and the Black Messiah" nous emmène dans les coulisses des Black Panthers

"Judas and the Black Messiah" ©Glen Wilson

Avec "Judas and the Black Messiah", l’émancipation afro-américaine reçoit un nouvel éclairage, celui de la lutte et de la violence.

Chicago, 1968. Bill O’Neal, voleur à la petite semaine, a trouvé la technique. Son (faux) badge du FBI est plus efficace qu’un flingue. Il s’introduit dans les bars vêtu d’un imper d’agent, montre l’insigne, déclare que le véhicule là dehors a été volé, et en réclame les clefs, avant de s’enfuir vite fait avec la voiture. Lorsque sa technique est éventée, direction les bureaux du FBI (le vrai). Pour éviter des années de prison, Bill va accepter d’infiltrer ses "frères" Black Panthers. Même si la politique et lui, ça fait deux.

Pour la première fois sans doute depuis "Malcolm X" (Spike Lee, 1992), on est immergé non dans une époque, mais dans une logique.

Pour Fred Hampton, par contre, la révolution est en marche… C’est ce que plaide ce leader charismatique, matin, midi et soir, de sa voix de Stentor, appuyée par son regard de feu. Grâce à lui, les Black Panthers de Chicago sont très organisés. Une véritable armée sous-jacente, avec sa hiérarchie, ses armes et ses cours de politique où l'on éduque une génération entière de laissés-pour-compte, hommes et femmes de bonne volonté, souvent brisés par le système. Bill va-t-il grimper dans la hiérarchie du groupe? Adhérer aux idées émancipatrices? Ou se trahir, avec les funestes conséquences qu’on imagine?

La magie par le rythme

Avec six nominations aux récents Oscars, le film faisait office d’outsider. Mais la consécration en meilleur rôle secondaire du Britannique Daniel Kaluuya ("Get Out") est entièrement méritée. On le perçoit d’ailleurs comme un premier rôle, tant sa présence est magnétique. Pour servir son propos, le réalisateur Shaka King peut compter sur les fastes d’une reconstitution exemplaire.

Certains dialogues n’hésitent pas à durer, jusqu’à nous mettre volontairement mal à l’aise.

Mais ce ne sont pas seulement les décors, les voitures, les costumes et les posters d’époque qui créent la magie: c’est le rythme. Rythme des musiques que l’on écoute, des phrases que l’on prononce, des verres que l’on sert, des regards que l’on glisse. Rythme, lancinant mais sûr, des héros qui marchent vers leur destin. Car c’est la guerre. Pour la première fois sans doute depuis "Malcolm X" (Spike Lee, 1992), on est immergé non dans une époque, mais dans une logique. Celle, poisseuse mais vraie, d’une lutte en marche, inévitable, avec sa violence, ses futures victimes collatérales et son échec transitoire.

"Judas and the Black Messiah"

Le film évite les pièges d’une illustration léchée, jolie, qui accompagne parfois les opus qui, comme ici, sont "inspirés par une histoire vraie". Il évite aussi de cocher trop sagement les thèmes "obligatoires": rivalité entre les membres, histoire d’amour, suspense lié aux traîtres… Il préfère nous emmener sur un terrain plus instable, où règne une certaine avant-garde. Certains dialogues n’hésitent pas à durer, jusqu’à nous mettre volontairement mal à l’aise. Tout comme cette musique, ce jazz parfois envahissant, presque dissonant, qui provoque l’inconfort du spectateur, pour mieux le mettre en état d’éveil.

La nouvelle donne de la distribution

Avec "Judas…", les studios américains entérinent chez nous le système EST plus VOD (EST pour Electronic sell-through, ou "achat définitif"). Le film n’est en effet pas proposé sur une plateforme de streaming (type Netflix ou Amazon), mais bien à l’achat, puis à la location (comme autrefois le DVD). Dès ce mercredi 28, et pour 13,99 euros, il est à vous pour toujours (iTunes, Apple TV, Google Play, YouTube…). À partir du 12 mai, et pour 5,99 euros, il sera disponible à la location VOD sur les sites précités mais aussi Proximus, Betv ou Telenet.

Notons qu’en l’absence de visibilité quant à l’ouverture des salles à court ou moyen terme, ce système sera sans doute privilégié tout au long de 2021, pour un certain nombre de films internationaux très attendus. Qu’on se le dise…

Drame/Histoire

"Judas and the Black Messiah"

De Shaka King

Avec Daniel Kaluuya, Lakeith Stanfield, Jesse Plemons, Dominique Fishback…

Note de L'Echo: 4/5

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