interview

Karin Viard: "Il y a des sujets qu'il faut regarder en face"

©BELGAIMAGE

Après avoir défrayé la chronique dans sa version théâtrale, le one-woman-show dansé débarque au cinéma. Avec en parents Clovis Cornillac et la toujours impressionnante Karin Viard, dans un rôle "vraiment monstrueux".

Enfant, Andréa Bescond a été victime de violences sexuelles, perpétrées par le grand ami de la famille. Mais elle a transcendé les blessures par la danse, en intégrant les meilleures écoles, puis la troupe de comédies musicales qui faisait le tour du monde. Avant de décrocher en 2016 le Molière pour un spectacle-thérapie où elle mélangeait, avec brio, danse et confession, sur un ton où l’humour le plus cru côtoyait souvent les larmes.

"Les chatouilles"
  • Note 3/5 
  • D’Andréa Bescond et Eric Métayer 
  • Avec Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, Carole Frank…

Pour la version cinéma, l’artiste a décidé de prendre elle-même les commandes, en plus d’interpréter le rôle principal. Résultat: certains choix de mise en scène trop radicaux, comme la présence de la psy qui s’invite dans les décors du passé, imposant une double temporalité. Mais, à part ça, le film tient toutes ses promesses, monte en puissance et nous raconte de l’intérieur la résilience. Avec la jeune narratrice, on parcourt un chemin de croix enlevé, presque ludique. En mère indigne, Karin Viard livre une prestation de premier plan. Rencontre.

Le sujet vous a attiré, ou est-ce plutôt le rôle?

Le sujet bien sûr. J’ai accepté sans savoir quel rôle j’aurais. L’urgence du sujet. Et puis surtout son traitement, vivant, à l’opposé de ce que le sujet pourrait impliquer. Andréa est toujours dans l’énergie, dans l’humour, dans la prise de parole, c’est sidérant, elle va de l’avant, sans œillères. Il y a des sujets qu’il faut regarder en face. Les métaphores, c’est bien, mais la vérité, c’est mieux. Après je me suis dit qu’il y aurait du travail: au théâtre Andréa jouait tous les rôles.

Les chatouilles - Bande annonce

Le film garde cette qualité de "spectacle vivant", une narration où tout s’enchaîne sans répit…

Oui, c’est une confession, on a voulu garder ça. Avec donc deux tons: fantasme et réel, mais aussi deux temporalités: le présent et le passé qu’elle revisite petit à petit. On en ressort avec un amour de la vie, une envie de dire aux gens qu’on les aime, de les protéger, de s’exprimer. Pour les femmes, c’est aussi s’autoriser des choses. Andréa nous montre l’exemple. Il faut parler de la pédophilie, bien sûr, encore et encore, dénoncer. Mais ici l’ampleur du propos éclate tout ça. C’est un hymne à la vie. Le genre de film qui touche l’intime, qui change les gens. Comme ces romans qui vous accompagnent toute votre vie: ils ont trouvé le point sensible, et font réfléchir autant qu’ils font vibrer.

Avez -vous trouvé à votre personnage de mère indigne des raisons d’être ce qu’elle est?

"Il faut parler de la pédophilie, bien sûr, encore et encore, dénoncer. Mais ici l’ampleur du propos éclate tout ça. C’est un hymne à la vie." Karin Viard

Je n’ai pas réussi. J’arrive toujours à leur trouver des circonstances atténuantes, mais pas cette fois-ci. Je la trouve vraiment méchante. Ce qui la motive, c’est la peur du qu’en-dira-t-on. Ça a pris toute la place: pas d’empathie, pas d’humanité. Oui, je la juge. Mais ça ne m’a pas empêchée de l’incarner pas trop mal.

On ne peut rien sauver?

Non. Il y a des gens comme ça. Le cinéma a tendance à les sauver avec au moins une scène où ils s’ouvrent. Pas ici. En même temps, elle ressemble à beaucoup de gens qui existent, avec cette façon de minimiser la réalité des autres, de tout ramener à elle, de ne vivre que sur les apparences. Des gens bloqués, rigides, dans un empêchement terrible. La bonne nouvelle c’est que le film, et son héroïne, lui passent au-dessus et la laissent dans son horreur et sa monstruosité.

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