portrait

Kirk Douglas (1916-2020): la conscience d'une star

Le "fils du chiffonnier" s’est éteint à 103 ans. L’acteur nous laisse une œuvre engagée, à la fois pétrie de doutes et d’humanisme…

L’homme qui vient de nous quitter n’incarnait pas seulement un certain Hollywood, ses stars, ses studios. Derrière la fossette au menton se cachait une vraie conscience artistique et politique, qui ne se dessina qu’au fur et à mesure, alors que son visage taillé à la serpe et ses yeux clairs, étaient devenus des incontournables du paysage iconique mondial dans les années 50. Cette conscience fut confirmée trois décennies plus tard, lorsque, à peu près rangé des décors, il nous confiait sa vie par écrit, dans le best-seller mondial "Le fils du chiffonnier".

Artistiquement tout commence avec "Le gouffre aux chimères" ("Ace in the Hole") en 1951. Le fils d’immigrés juifs russes s’était alors allié à Billy Wilder, un Autrichien qui avait fui le nazisme en se réfugiant aux États-Unis. Ce virulent pamphlet anti-système va tracer le chemin sur lequel Kirk Douglas déambulera toute sa vie: celui de la morale. Son personnage de reporter à la petite semaine n’hésite pas à prolonger le calvaire d’un homme coincé dans une grotte, afin d’augmenter le tirage de son journal. Et avant de payer le prix de la compromission.

Photo prise le 9 mai 1980. Kirk Douglas est accompagné par l'actrice française Jeanne Moreau à gauche et Leslie Caron à l'occasion du Festival de Cannes. ©AFP
Kirk Douglas et sa femme le 22 juin 1985 à Paris ©Photo News
Kirk Douglas dans le film The Vikings ©Photo News
Kirk Douglas le 25 mars 1985 accompagné de son fils Michael Douglas. ©AFP
Kirk Douglas lors du tournage du film "The Villain" ©Photo News
Kirk Douglas dans sa ville natale d'Amsterdam, aux États-Unis ©Photo News
Kirk Douglas, Ann Margret et Arnold Schwarzenegger lors du tournage du film "The Villain" ©Photo News
Kirk Douglas et sa femme à Saint-Tropez en juin 1985 ©Photo News
Kirk Douglas en famille avec sa femme Anne et son fils Peter en 1954 ©Photo News
Kirk Douglas à l'occasion du Festival de Cannes en 1979 ©Photo News

À cette époque, Kirk Douglas est déjà un père de famille (son fils Michaël est né en 1944). Né Issur Danielovitch Demsky, il est passé par l’université, où il brilla par ses talents de lutteur. Puis par des petits rôles au théâtre et par… la guerre. Enrôlé dans la Marine, il sera réformé pour dysentrie chronique et en profitera pour changer de nom, avant de fonder une famille.

Des personnages en marge

Dès 1952, ses opinions politiques se mêlent à son travail, comme on peut le constater dans "La captive aux yeux clairs", le premier western laissant un peu de place aux Indiens.

Kirk Douglas est démocrate, mais surtout humaniste, de cet humanisme qui se teinte de beaucoup de doutes, et de peu de foi en l’homme. De très nombreux films engagés suivront. Et quand les films dans lesquels il joue, comme "Vikings" (1958), sont de purs divertissements, Kirk y choisira toujours le rôle de personnages en marge.

De ces œuvres cinématographiques, énormément ont bien vieilli, et c’est ce qui confère à Kirk Douglas la place immense qui est encore la sienne aujourd’hui. Dans "Les sentiers de la gloire" (1957) d’un certain Stanley Kubrick, il incarne ce gradé français qui refuse d’envoyer ses hommes à une mort certaine, et qui se retrouve face à la cour martiale. Et dans "Spartacus" (1960), réalisé par Kubrick et produit par Douglas, c’est à nouveau la question de l’obéissance aveugle qui est au cœur du débat.

Remarié à une Belge

Liberté, égalité, fraternité sont des mots qui trouvent un écho puissant dans l’esprit de Kirk Douglas. Il connaît très bien la France et la langue française. La Belgique aussi... Sa seconde épouse – Anne Buydens, 100 ans aujourd’hui – est belge. Sur le tournage de "La vie passionnée de Vincent Van Gogh" (1956), tourné en grande partie dans le Borinage, c’est en français que Kirk Douglas fait rire toute l’équipe et les figurants.

Dans les années 60, sa filmographie s’allonge avec de nouveaux films notables, comme "Sept Jours en Mai" qui imagine, en pleine Guerre Froide, un coup d’état à l’échelle des États-Unis. Dans les années 70, Kirk Douglas jouera encore dans de nombreux films conçus sur mesure pour lui. Dans les années 80, la star aura la satisfaction de voir la carrière de son fils Michael décoller. Il tourne encore, mais perce également comme auteur, notamment grâce à son autobiographie.

Il y a deux ans, il écrivait encore sur son blog un article très fort, et très lu, où il comparait les populismes d’hier à ceux d’aujourd’hui, n’ayant pas peur de pointer du doigt le président Trump. Acteur, activiste, et si profondément artiste, Kirk Douglas entre encore un peu plus dans la légende.

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