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L'amour, plus fort que le racisme

©Collection Christophel

Barry Jenkins, le réalisateur de l’oscarisé "Moonlight", signe le magnifique "Si Beale Street pouvait parler". Une bouleversante histoire d’amour entre deux jeunes Noirs dans une Amérique dominée par les Blancs.

De sa retraite française, le grand auteur américain James Baldwin avait écrit, en 1974, son roman "Si Beale Street pouvait parler". Proche de Martin Luther King comme de Malcolm X, il avait œuvré en faveur des droits civiques des Afro-américains. Son roman ne pouvait que séduire le réalisateur Barry Jenkins qui, en 2017, avait obtenu l’Oscar du meilleur film pour "Moonlight". Un film s’inscrivant bien dans le sillage du "Black Lives Matter". Avec "Si Beale Street pouvait parler", il reste fidèle au livre tout en y apportant son sens de l’esthétisme contemporain. On a vraiment l’impression que, pour une fois, au cinéma, les héros noirs sont beaux et romantiques, purs et touchants.

Une histoire d’amour qui rappelle Roméo et Juliette, et donne une dimension shakespearienne au film.

Tish et Fonny, interprétés brillamment par Kiki Layne et Stephan James, s’aiment depuis l’enfance. Élevés dans un quartier de Harlem, ils proviennent tous deux de familles très opposées. Chez Tish, on est ouverts, modernes et soudés; chez Fonny, la mère est une bigote hystérique que son mari déteste. Présenté de la sorte, le jeune couple rappelle un peu Roméo et Juliette et donne une dimension shakespearienne à leur romance.

Le réalisateur procède par flash-back pour remonter à l’origine de l’amour entre ses deux héros. Ainsi, leur première nuit d’amour sur fond de jazz dans une chambrette. Ou, plus tard, leur recherche désespérée d’un logement salubre. Et leur imagination incroyable pour transformer un loft inhabitable en nid presque douillet. Dans le New York du début des seventies, la vérité, c’est qu’aucun propriétaire blanc ne voulait louer un appartement à des Noirs.

Bande annonce VF

Si l’on aimerait que cette idylle puisse durer l’éternité, le monde du dehors, lui, a décidé qu’il en serait autrement. Dans "Si Beale Street pouvait parler", on sent rapidement pointer le drame. Accusé d’un viol qu’il n’a pas commis, le jeune Fonny est envoyé en prison. On sait qui l’y a envoyé. On sait qu’il est innocent. On voit la machination perverse qui a permis ça. Mais le réalisateur a ce talent de ne pas nous asséner ces vérités d’un coup, brutalement. Tish, la jeune épouse, est enceinte alors que son aimé vit l’enfer en prison. Car, on l’apprend, en prison, "le Blanc, c’est le Diable". Aussi, une course contre la montre s’engage pour tenter de sauver Fonny de cet enfer et l’innocenter.

Nominé dans trois catégories aux Oscars, celle du Meilleur scénario adapté, de la Meilleure actrice dans un second rôle (Regina King qui joue la mère de Tish) et de la Meilleure musique (sublime soundtrack due à Nicholas Britell), "Si Beale Street pouvait parler" aurait très certainement pu figurer parmi les Meilleurs films. Mais ils étaient déjà huit à briguer cet Oscar-là dont deux, "BlackKklansman" et "Green Book" qui traitent également de la question du racisme aux États-Unis.

Produit par Plan B, la société de production de Brad Pitt, le film a dû vraisemblablement laisser sa place dans cette catégorie à "Vice", un autre film produit lui aussi par Plan B et dont la portée est plus politique. Les Oscars, c’est ça aussi.

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