"L'époque nous impose un seul type de réussite"

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Ils sont jeunes, ils sont beaux, et ils jouent dans le même film. Le couple parfait? Non! Dans la comédie romantique "Mon inconnue", on s’amuse à détourner les codes et à tordre le cou aux préjugés. Interview.

Elle, c’est Joséphine Japy, 24 ans, déjà vue dans "Respire" de Mélanie Laurent, ou en France Gall dans "Cloclo". Lui, c’est François Civil, 30 ans, inratable récemment: en sous-marinier dans "Le Chant du Loup", ou face à Juliette Binoche dans "Celle que vous croyez"…

Ensemble, ils revisitent la comédie romantique à la française, pour lui donner une dimension psychologique, voire une portée carrément philosophique.

Après avoir connu le coup de foudre au lycée, Raphaël devient un écrivain à succès et Olivia une simple prof de piano. Mais un beau jour, Raphaël se réveille petit prof de français, dans un monde parallèle où Olivia est une concertiste adulée dans le monde entier. Arrivera-t-il à reconquérir celle qu’il n’a jamais cessé d’aimer… et qui ne le reconnaît plus? Interview croisée.

"Mon inconnue" est-il un film féministe?

Joséphine Japy: Résolument! Cette force du pôle féminin, ça me fait penser à une histoire drôle. "Barack et Michelle Obama dînent dans un très bon restaurant, et Michelle se rend compte que le chef est son premier petit ami. Tiens, dit Barack, tu aurais pu être la femme d’un chef… Non, répond Michelle. Si je l’avais épousé, il serait devenu président."

François Civil: J’adore cette idée.

J.J.: Le film questionne surtout l’équilibre du couple. À un moment, l’un sera parfois au-dessus de l’autre.

"Mon inconnue"

Note : 3/5

De Hugo Gélin. Avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe,…

F.C.: Mais est-ce que c’est grave?

J.J.: Là est la question. Le sacrifice dans le couple peut-il être un bien? Une preuve d’amour? Est-ce que le vrai sacrifice n’arrive pas quand on arrête de regarder l’autre?

F.C.: Dans la vraie vie, ce sont souvent les femmes qui se sacrifient. Le film propose autre chose. Il casse son héros.

J.J.: Qui doit alors faire parler sa part féminine. Ce qui le reconstruit. Il croit qu’il doit reconquérir. Mais la vérité est en lui.

F.C.: C’est beau ce que tu dis.

Mon inconnue

Qu’est-ce qui vous a plu dans le projet?

F.C.: Il y avait beaucoup de choses à jouer. Une grande palette. Comédie, sentiments, suspense, séduction. J’aime quand le jeu garde quelque chose de ludique. Avec juste la voix et le corps en mouvement, voir tout ce qu’on peut faire. Il faut aussi de bons partenaires, évidemment.

La complexité, c’est que lui sait, et qu’elle ne sait pas. Elle va de l’avant…

J.J.: C’est vrai. Elle vit le moment alors que lui vit un drame. Pour jouer ça, j’essayais d’être dans l’instant à chaque fois. Créer une micro-amnésie, car le personnage n’a pas le contexte. Ce qui est intéressant chez Olivia c’est que même quand elle est virtuose, elle n’a aucun cynisme. Alors que dans la version où c’est lui qui a réussi, le succès le bouffe complètement.

F.C.: Il a tout, selon nos critères matérialistes. Et puis soudain, plus rien. On a fait un film révolutionnaire, en fait.

J.J.: On est tous dans une quête de sens. L’époque nous impose un cadre. Un seul type de réussite. Moi, ce qui m’a plu c’est d’aller de 18 ans à la trentaine. Le moment de bascule où on devient vraiment qui on sera, pour la vie. Jouer l’ado et la vraie femme.

Le film rappelle les grandes heures de la screwball comedyà l’américaine, où un homme et une femme s’opposent pour mieux se séduire…

J.J.: "Rendez-vous", de Lubitsch, c’est un de mes films préférés. Sous des dehors de comédie, les personnages se remettent en question. Pour plaire à l’autre, ils se questionnent. C’est si rare.

"Si on s’endort sur ce qu’on a, sur ce qu’on est, c’est le début de la fin."
François Civil
Acteur

F.C.: C’est ce qui donne l’énergie au film: le doute, l’idée que tout est à recommencer. Comme dans la vraie vie. Si on s’endort sur ce qu’on a, sur ce qu’on est, c’est le début de la fin. Exactement comme dans notre métier d’acteur, en gros. Rien n’est acquis.

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