L'homosexualité fait trembler le Guatemala

©Tu Vas Voir

"Temblores" fait trembler le petit monde du cinéma guatémaltèque: voici un film sur un être coupable d’infamie. Crime sordide? Corruption politique au plus haut niveau? Non, simple changement d’orientation sexuelle.

Drame

«Temblores» («Tremblements»)

 Note: 3/5

De Jayro Bustamante. Avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas…

 

Sur la petite route qui mène à l’opulente hacienda, les grosses voitures se succèdent sous une pluie battante. Les domestiques ouvrent les grilles avec des mines d’enterrement. Dans le salon, la famille silencieuse est rassemblée comme pour camoufler un crime. Quand le fils arrive enfin, costume impeccable et regard fier, sa mère l’implore de revenir sur sa décision. Pour sauver l’honneur de sa famille. Pour sa femme et ses enfants, et éviter qu’ils ne tombent dans l’horreur, l’excommunication et la honte. Mais que s’est-il passé? Un crime crapuleux?

Ce qui s’est passé, le spectateur le comprend le lendemain, quand le fils arrive décontracté et en singlet dans un bar arty du centre-ville. Et qu’il embrasse son copain. Ce drame sans nom qui déchire son entourage avec une violence inouïe est un "simple" coming out. Mais rien n’est simple quand on appartient à un certain milieu, et à l’une des plus importantes familles du Guatemala…

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Le cinéma, ce n’est pas seulement une succession d’images et de sons qui forment une histoire. C’est l’art de raconter les ambiances, les lieux, les états d’esprit, bref tout ce qui échappe à la narration proprement dite, tout ce qui dépasse du cadre, où s’y invite comme à l’insu de la caméra et des micros.

Dans ce registre, Jayro Bustamante est un expert. Il y a quatre ans, il nous livrait avec "Ixcanul", son premier film, une chronique épidermique sur un mariage dans une communauté montagnarde du Guatemala. Couronné à la Berlinale par le prix Alfred-Bauer, qui récompense une approche esthétique particulièrement originale, le film annonçait la couleur. Il poursuit sa démarche avec "Temblores", toujours à cheval entre ce que nous livre l’histoire, et toutes les harmoniques qui s’invitent. Étouffement par le regard des autres… Poids ancestral d’une religion qui enferme au lieu de permettre la spiritualité… Ambiances feutrées qui digèrent les membres d’une certaine classe sociale… Ici, tout ce qui n’est pas dit par les dialogues est raconté autrement.

Trailer de "Temblores" — "Tremblements", sous-titrage en français

On croirait une autre époque

La force du film tient donc dans son traitement. Mais pas seulement: la peinture de cette société privilégiée, riche, fière et bigote donne la chair de poule. On se croirait à une autre époque, tant l’homosexualité qui est aujourd’hui permise chez nous est là-bas totalement aberrante, voire assimilée à un crime contre Dieu et les hommes. Et même à une maladie que l’on soigne avec de la volonté, de la foi, de l’isolement, de la prière.

Là-bas, l’homosexualité est jugée totalement aberrante, voire assimilée à un crime contre Dieu et les hommes.

Petit bémol dans cette avalanche de points positifs: le rôle principal. Au milieu de formidables acteurs non professionnels, Juan Pablo Olyslager et son metteur en scène ont opté pour un regard sans cesse tourmenté, des sourcils froncés, et une dure souffrance intérieure. Où finit par poindre bien sûr une certaine fragilité, mais toujours dans la gravité et le contrôle, alors qu’on pouvait attendre, vu le contexte, une humanité moins résolument cadenassée.

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