L'horreur de l'esclavagisme moderne

L’acteur Valentin Novopolskij (à droite) joue un migrant letton arrivé à Bruxelles pour travailler au noir. ©doc

Présenté à Cannes l’année dernière, voici un film letton presque exclusivement tourné chez nous : la plongée aux enfers d’un travailleur migrant venu de l’Est.

Le film nous le répète plusieurs fois en voix off, et par symboles interposés: Oleg est l’agneau sacrificiel. Letton mais d’origine russe, le jeune homme n’a pas reçu les honneurs d’un passeport en bonne et due forme et se retrouve paria officiel. Le voici qui débarque dans un lieu symbolique. Une capitale multiculturelle bien sous tous rapports, mais où prolifèrent toutes les magouilles que l’Occident se permet pour mieux exploiter son prochain, avec la bonne conscience de la modernité libérale. À Bruxelles (Belgique).

Le public belge devra assumer que la Belgique est encore synonyme de toutes les compromissions du travail au noir et du trafic d’êtres humains.

Là, le travail au noir s’offre à lui, un travail toléré par les autorités, car moteur discret d’une économie en marge – mais pas si marginale. Lorsque les choses se compliquent suite à une trahison, la providence prend les traits d’Andrzej, un chef de bande charismatique (et polonais), qui assure connaître toutes les ficelles. Les ficelles, il les connaît, mais il sait quand tirer dessus. Oleg se retrouve bientôt littéralement asservi à sa bonne volonté. Non seulement il est l’esclave d’un travail subi, mal rétribué, voire dangereux, mais il est l’esclave d’abord consentant d’un maître au sourire avenant, véritable despote qui jouit allègrement de son pouvoir sur l’Autre.

Urgence du sujet

On regrettera une narration qui fait parfois des détours superflus, ou qui s’encombre de symbolisme, renforcé par la voix off. Mais ces petites boursouflures ne pèsent pas lourd face à l’urgence du sujet, et face à la pertinence du traitement. Les acteurs sont tous excellents, comme par exemple la petite amie d’Andrzej, qui laisse un instant entrevoir à Oleg une potentielle autre vie. Le format d’image presque carré et le découpage très proche des visages nous permettent de partager l’aventure au plus près. Et que dire de tous ces décors, extrêmement familiers au public belge, qui devra assumer que – plus de 20 ans après "La promesse" des frères Dardenne – la Belgique soit encore synonyme de toutes les compromissions du travail au noir et du trafic d’êtres humains.

Bande annonce "Oleg"

Le film n’est pas sans rappeler l’excellent roman de Pascal Manoukian "Les échoués" (Don Quichotte 2015), dont le héros Virgil, Moldave expert en bâtiments, pourrait être le grand frère d’Oleg, mais sans cette touche de candeur brisée.

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