La série "Chernobyl", une angoisse radioactive à couper le souffle

©BeTV

Incontournable, la mini-série signée HBO raconte l’une des pires catastrophes nucléaires de l’Histoire avec un réalisme à couper le souffle. Toute en tension, "Chernobyl" scénarise aussi un climat anxiogène on ne peut plus actuel.

Tchernobyl. Le nom de la ville suffit aujourd’hui à évoquer l’énormité du désastre: l’explosion, en avril 1986, de l’un des réacteurs d’une centrale nucléaire soviétique, menant à la contamination de la terre et de l’eau avoisinantes, au déplacement de centaines de milliers de personnes, et à la création d’un nuage radioactif traversant les frontières européennes jusqu’en Scandinavie.

Une fable on ne peut plus actuelle, à base de politique qui se délite et d’un sombre nuage qui s’étend.

Plébiscitée par le public autant que par la critique, la mini-série "Chernobyl" relate l’événement et, malgré un dernier épisode diffusé il y a plus de dix jours, ne cesse de faire parler d’elle. De son score historique sur la plateforme IMDb (où elle devance désormais les indéboulonnables "Game of Thrones" et "Breaking Bad"), au pic de tourisme qu’elle provoque actuellement sur le site de l’accident, "Chernobyl" donne aussi lieu à une multitude de débats tentant de démêler la vérité historique de la fiction.

Et pour cause. Lourdement documentés, les cinq épisodes sont criblés de détails reproduisant de façon quasi-obsessionnelle l’atmosphère de l’URSS, qu’ils véhiculent dans un réalisme bluffant. Les lieux de tournage majoritairement ukrainiens, les nombreux témoignages de première main utilisés pour rédiger les scripts, certains personnages ayant réellement existé, mais aussi des accessoires comme les cigarettes ou le tissu des costumes, tout concourt à une éclatante vraisemblance flirtant constamment avec les limites de la fiction – dont l’empreinte la plus intempestive est sans doute le fait que les personnages s’expriment exclusivement en anglais.

Chernobyl (2019) | Official Trailer | HBO

Riposte russe

C’est avec cette aura de vérité – pas toujours justifiée – que "Chernobyl" dénonce, plus que l’erreur humaine, l’indécence de tout un système: alors que l’explosion aurait pu faire office de point de tension principal, seul le premier épisode s’y attarde, préférant consacrer la suite aux conséquences du drame, à commencer par la placidité du Kremlin, soucieux de maintenir le vernis d’une Union Soviétique irréprochable… Il n’en fallait pas plus pour raviver de vieilles rancunes.

En Russie, "Chernobyl" connaît en effet un retentissement pour le moins polarisant, donnant lieu à une étonnante réplique sous forme de contre-série. La chaîne de télévision NTV (contrôlée par Gazprom-Media, réputée proche du gouvernement) entend bien donner sa version de l’Histoire en produisant sa propre série sur la catastrophe.

Série

"Chernobyl"

Note : 5/5

De Craig Mazin. Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård, Paul Ritter.

Financée par le ministère de la Culture et actuellement en post-production, la riposte russe abordera l’événement comme le résultat d’un sabotage par un agent des services secrets américains, une hypothèse que, d’après Alexei Muradov, le réalisateur de la série, "de nombreux historiens n’excluent pas".

Angoisse contemporaine

Mâtinée de Guerre froide, de théories du complot et de données officielles approximatives encore à ce jour, la catastrophe de Tchernobyl nourrit une mythologie tenace expliquant en partie le succès monumental de la série. Mais au-delà du rapprochement historique, "Chernobyl" déverse son atmosphère anxiogène, étouffante, dans un climat particulièrement propice aux questionnements écologiques, idéologiques et sociaux.

Si réalisme n’est pas réalité, "Chernobyl" raconte en tout cas une fable on ne peut plus actuelle, à base de politique qui se délite, et d’un sombre nuage qui s’étend, nocif et pernicieux.

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