"Foxtrot", un film bouleversant sur l'absurdité de la guerre

Guerre, deuil et sens de la vie. Dans "Foxtrot", Samuel Moaz reprend les mêmes thèmes qu'il avait traité dans "Lebanon" - couronné à Venise en 2010. ©Filmcoopi

"Foxtrot", bouleversant film israélien à la forme radicale, a reçu le Lion d’Argent au Festival de Venise.

"Foxtrot"

Note: 4/5

De Samuel Maoz.

Avec Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray, Gefen Barkai, Yehuda Almagor…

Les Feldmann, âgés de la quarantaine, mènent une vie paisible à Tel-Aviv. Jusqu’à ce matin-là… Ce matin-là, Daphna, la mère, ouvre la porte à deux soldats. La vérité la frappe, jusqu’à la syncope: son fils Jonathan, qui fait son service militaire à l’autre bout du pays, est mort. Oui, le pire est arrivé. Les soldats, rompus à ce genre d’annonce, récupèrent la mère de famille qui s’effondre, lui administrent une piqûre de calmant. Michaël, le père, contemple la scène sans bouger. Lui aussi a compris. Les soldats mettent la mère au lit et s’asseyent à côté du père.

Ils règlent son téléphone afin qu’il sonne toutes les heures. Michaël devra boire un grand verre d’eau à chaque sonnerie. Est-ce qu’il lui faut prévenir quelqu’un, un frère, un ami? Tout à l’heure, le rabbin viendra expliquer les obsèques, la marche à suivre… Michaël rassemble ses esprits et se rend chez sa mère, sénile, placée en institution. Peut-être comprend-elle que son petit-fils est mort. Peut-être pas. Quand il revient chez lui, Michaël trouve son frère Avigdor dans la cuisine. Et soudain, on sonne à la porte: les soldats sont de retour. Avec une autre terrible nouvelle. Cette abominable journée finira-t-elle?

Bande-Annonce

Après un incroyable huis clos dans un char d’assaut

En 2010, Samuel Maoz avait signé "Lebanon", un incroyable huis clos à l’intérieur d’un char d’assaut, déjà couronné à Venise par un Lion d’Or. Il récidive avec ce film récompensé d’un Lion d’argent, le prix du jury. Celui-ci emprunte les mêmes thèmes – guerre, deuil, sens de la vie – et utilise lui aussi un traitement cinématographique très complexe. Car ce n’est pas seulement le récit qui fait le film mais aussi la manière de l’illustrer. Chaque plan, chaque effet sonore est censé venir interpeller le spectateur et le rapprocher de la sensation, ou de l’état d’esprit voulu par le réalisateur.

Ainsi, lorsque le père de famille s’assied pour la première fois après avoir appris la nouvelle, il sera littéralement écrasé par un plan pris depuis le plafond… Quand il ira voir sa mère, il sera prisonnier d’un long couloir courbe, vitré, infini, qui nous raconte la communication impossible avant même que la rencontre n’ait eu lieu… François Truffaut disait, en parlant d’Hitchcock: "Le cinéma, c’est ce qui reste quand on enlève l’histoire". Samuel Maoz semble avoir appris la leçon… tout en gardant une histoire forte.

On pourrait craindre, avec une telle mise en place, qu’un certain intellectualisme se glisse dans le film. Comme si la gravité des situations et des émotions, encore soulignée par le traitement audiovisuel, venait prendre toute la place. Mais pas du tout. Car le réalisateur, comme en danse, aime prendre son partenaire/public à contre-pied. Il nous propose ainsi un second acte particulièrement surprenant: celui où nous quittons Tel-Aviv pour partager le quotidien du fils, à un poste frontière de décor, symbolisé par une barrière de parking placée en plein désert, et où un éternel chameau solitaire passe et repasse…

Là, l’humour, un humour grinçant, s’installe et nous emporte dans une réflexion sur l’utilité de l’armée, de la guerre, et de ces activités absurdes que l’homme s’est donné à lui-même, depuis la nuit des temps. Là, Jonathan, le "presque mort", est bien vivant. Mais ses actions répétitives et les discussions tenues avec ses collègues posent ces questions: qu’est-ce qui distingue la vie de la mort? Qu’est-ce qui lui donne réellement du sens? Voici donc un film radical, à la fois dans sa mise en scène et dans les questions qu’il soulève. Mais qui a le mérite de venir chercher en nous des sentiments et des émotions que le 7e Art a l’habitude de laisser tranquilles.

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