Laurent Tirard (réalisateur): "'Le discours', c’est l’histoire d’un névrosé sympathique"

"Le discours" de Laurent Tirard, avec Benjamin Lavernhe dans le rôle principal.

Avec "Le discours", Laurent Tirard adapte le roman culte de Fabcaro et nous embarque dans l’univers mental d’un rêveur plein d’ironie…

On lui doit de grandes comédies populaires ("Le petit Nicolas", "Astérix et Obélix au service de Sa Majesté") mais aussi des perles moins connues: "Mensonges et trahisons" (avec Édouard Baer en biographe du footballeur Clovis Cornillac), ou "Molière" avec Romain Duris dans le rôle-titre. Aujourd’hui, le réalisateur Laurent Tirard adapte avec brio le roman culte "Le discours" (Gallimard 2018), signé par l’auteur de BD Fab(rice) Caro. Bienvenue dans l’espace mental d’Adrien, prisonnier à un dîner de famille, et qui tente de comprendre pourquoi son ex ne répond plus à ses SMS depuis des mois. Au programme: obsessions névrotiques, apartés mentaux et clichés familiaux à gogo…

Rencontre avec le réalisateur.

Il n’est pas évident d’adapter un livre…

Le commentaire, c’est souvent: "Ah! Le livre était tellement mieux!" Ici, il y a plusieurs challenges. Le roman a déjà une structure étrange, explosée, puisqu’on est dans la tête de quelqu’un. J’ai fait une autopsie en résumant chaque chapitre en fiches. Ce qui a permis de faire émerger les moments de repas, les flash-back, les projections mentales…

"Une musique s’est mise en place dans ma tête quand j’ai lu le livre, et je devais y être fidèle."

Les films ont une structure bien à eux, il faut une certaine progression. Des choses qu’on accepte dans un roman qu’on lira en plusieurs jours, on ne les accepte pas dans l’espace de 1h30. Un film vous prend par la main et vous emmène au bout de la promenade. Le livre est drôle, sombre aussi, mais avec une certaine pudeur. Or il ne fallait pas que ce soit "seulement drôle". La grande scène de fin passe en deux lignes dans le livre: je voulais plus d’émotion. Enfin, il y a le personnage d’Adrien, certains lecteurs le trouvaient un peu tête à claques, tellement il se pose des questions, il est un peu centré sur son nombril. Je voulais le rendre attachant, aussi névrosé soit-il.

Vous avez choisi des acteurs connus pour leur second degré (Kyan Khojandi de "Bref.", François Morel de "Les Deschiens"), et vous les piégez dans le contre-emploi du premier degré…

Je voulais mélanger deux styles, rendre cinématographiques les deux espaces-temps: mental et réel. Ce n’était pas évident pour les acteurs. On est dans la vraie vie? Ou dans son regard à lui, une projection mentale? Les acteurs ont dû se reposer sur moi, faire confiance. Une musique s’est mise en place dans ma tête quand j’ai lu le livre, et je devais y être fidèle. Après, il faut tout refabriquer. C’était assez excitant pour tout le monde, on marchait sur un fil.

"Avec la concurrence des plateformes, on ne peut pas se contenter de faire toujours la même chose, il faut proposer une ambiance, un univers, un… discours!"

Dans vos autres films, on trouve déjà souvent des portes d’entrée vers d’autres chemins de vie…

L’inconscient a une grande place dans la vie de mes personnages, mais aussi dans la mienne. En cela, je ressemble fort à Adrien. Je suis là, mais mon cerveau s’évade, je suis aussi névrosé que ça. Au fond, "Le discours", c’est l’histoire d’un névrosé sympathique.

Bande-annonce "Le discours"

Votre humour est plutôt britannique, voire juif new-yorkais.

C’est le style de comédie que j’aime, on est tous des enfants de Woody Allen. Ce style intelligent et décalé, c’est parfois un problème pour la presse en France, on ne sait pas dans quelle case me mettre. Je ne fais ni de la comédie populaire ni du cinéma chic. "Le discours" a eu bien du mal à se faire: j’ai fait des succès, et là, c’est un ovni. Je voulais me renouveler, me remettre en question. Avec la concurrence des plateformes, on ne peut pas se contenter de faire toujours la même chose, il faut proposer une ambiance, un univers, un… discours! Et c’est vrai que Benjamin (Lavernhe), dans ce registre cynico-désabusé, est un génie.

Comédie

"Le discours"

De Laurent Tirard, avec Benjamin Lavernhe, Sara Giraudeau, Julia Piaton, Kyan Khojandi…

Note de L'Echo: 3/5

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