"Le bal des 41" | Sous le voile des apparences…

"Le bal des 41". ©doc

Netflix nous propose un intéressant film mexicain, autour d’un scandale homosexuel qui défraya la chronique en 1901…

Ignacio est un membre de la meilleure société de Mexico. Calèches, réceptions, grandes demeures prétoriennes et soirées mondaines forment son quotidien. Homme d’affaires, il vient de faire son entrée en politique, en épousant la fille de l’homme le plus important du pays: le président Porfirio Diaz.

Mais le soir, après sa journée au ministère, il aime s’attarder pour croiser les beaux et jeunes fonctionnaires nouvellement arrivés. Et plus tard encore, il rejoint son club privé, où une joyeuse assemblée l’acclame: les membres d’une société plus ou moins secrète, où on ne se cache plus, où des hommes aiment d’autres hommes.

La réalisation, hélas, est parfois bien appliquée, voire un rien paresseuse.

Sous la surface policée et très machiste de la grande bourgeoisie mexicaine, on s’en donne à cœur joie: spectacles chantés à caractère lubrique, travestissement… Bien souvent ces soirées où le bon mot est roi dégénèrent jusqu’à la partouze en bonne et due forme. Mais il existe un mécontent: le président Diaz en personne. Car Ignacio délaisse sa femme, et tarde à lui donner un petit-fils…

Fait divers

Voici relatés pour nous les prémices du fait divers le plus célèbre de toute l’histoire du Mexique. Le 18 novembre 1901, 41 membres d’un "bal" sont arrêtés par la police… 41 dont 19 sont travestis en femmes. Ce que le film ne raconte pas, c’est qu’appartenant tous à la meilleure société, ils ne seront pas jugés mais enrôlés de force dans l’armée pour un "stage" prolongé de virilité – direction le Yucatan et la guerre contre les guérilleros mayas. Mais très vite une rumeur se met à courir: la rue s’empare du scandale et ajoute un 42e fêtard, le propre gendre du président… Et c’est sur cette "probabilité" que tout le film est construit.

À force de vouloir trop expliciter les situations et les profils psychologiques, on aurait tendance à forcer un peu le trait.

"Le bal des 41" passe beaucoup de temps à nous raconter l’avant. Tout ce qui se trame dans la vie d’Ignacio avant la date fatidique. Comment il se force à honorer son épouse, comment il rencontre le bel Evaristo… Les subtilités de ses rapports avec ses collègues et amis, qui sont à haute valeur culturelle ajoutée, ou au contraire extrêmement décadents…

Un vrai troisième acte

C’est cette ambiance qui donne tout son poids au film. Car la réalisation, hélas, est parfois bien appliquée, voire un rien paresseuse. Bien sûr, nous avons droit à cette "qualité Netflix" qui commence à devenir une habitude: grâce à des budgets importants, on multiplie les décors, les costumes, la musique et les mouvements de caméra. Mais cette pléthore est parfois au détriment de ce qui devrait rester l’âme d’un film: ses acteurs. À force de vouloir trop expliciter les situations et les profils psychologiques, on aurait tendance à forcer un peu le trait.

Le réalisateur nous entraîne vers un voyage dans l’intimité de son héros.

Mais même sans toute la finesse de jeu possible, l’originalité du propos à elle seul vaut le déplacement. Bonne nouvelle supplémentaire: le réalisateur David Pablos ("Las Elegidas", sur la prostitution des adolescentes, présenté à Cannes) nous propose un vrai troisième acte, là où d’autres auraient pu se contenter d’une fin plus simple, une fois son sujet illustré. Il nous entraîne vers un voyage dans l’intimité de son héros, en explorant, au milieu du machisme de façade, la dimension féminine de sa personnalité.

Bande-annonce "Le Bal des 41"

Drame

"Le bal des 41" ("El baile de los 41")

De David Pablos, avec Alfonso Herrera, Mabel Cadena, Emiliano Zurita…

Note de L'Echo: 3/5

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