"Le bonheur des uns" | Ravages de la jalousie (amicale)

François Damiens et Florence Foresti sont mari et femme dans cette nouvelle savoureuse comédie signée Daniel Cohen. ©doc

Quatuor d’acteurs à l’unisson pour cette intelligente comédie. Quand Bejo rencontre le succès littéraire, Foresti, Damiens et Cassel crient à la trahison. Artiste? Et puis quoi encore?

Léa (Bérénice Bejo) travaille dans un magasin de vêtements. Pendant sa pause de midi, elle s’amuse à observer tous ces gens qui parcourent le grand mall, et prend même des notes dans un carnet. Le soir elle rejoint Marc (Vincent Cassel), cadre dans une entreprise spécialisée dans l’aluminium. Au cours d’un repas au restaurant avec sa meilleure amie Karine (Florence Foresti) et son mari Francis (François Damiens), Léa raconte incidemment qu’elle écrit un livre. Un vrai livre? Un roman? Toi? Karine tombe des nues. Un drôle de mécanisme se met en place: si elle écrit des romans, pourquoi pas moi? Alors que Karine s’achète un cahier, Francis se met à la musique. Puis à la sculpture. La fibre artistique, ça se travaille, et tout le monde peut se révéler génial, à condition de trouver son rayon d’action. Jusqu’au jour où Léa est publiée chez un éditeur en vue...

"J’aurais voulu être un artiste!" Le cri de Starmania est très souvent refoulé, et ce chez la plupart des êtres humains. C’est sur ce constat que Daniel Cohen ("Les deux mondes", avec Benoît Poelvoorde en 2007) a écrit sa pièce de théâtre, bientôt transformée en projet de film. Il nous propose une sorte de drame de la jalousie, mais point ici de jalousie maritale à la Othello, bienvenue au royaume de la jalousie… amicale.

Exister aux yeux des autres

L'humour dans "Le Bonheur des uns..." grince comme il faut car il cache une frustration énorme, celle du besoin de reconnaissance.

C’est le personnage de la meilleure amie qui est la charnière à observer. Le duo Damiens-Foresti offre un contrepoint amusant au parcours littéraire de Léa. Mais cet humour grince comme il faut car il cache une frustration énorme, celle du besoin de reconnaissance. Karine ne cherche absolument pas à écrire un roman comme son amie pour livrer au monde sa vision des choses, sous la forme d’une histoire importante, qui lui ressemblerait. Elle veut écrire un roman pour les mauvaises raisons: devenir auteur. Exister aux yeux des autres, à tout prix. Accéder à un statut fascinant, ces "élus" qui ont quelque chose en plus.

Bande-annonce "Le Bonheur des uns..."

Pour illustrer cette dérive mentale, le personnage de Francis est poussé à l’extrême: tous les moyens sont bons pour trouver sa voie, jusqu’aux plus loufoques, ce qui donne lieu à des séquences très réussies comme le "vernissage" de ses "œuvres" dans son jardin, où il emprunte devant quelques amis le vocabulaire et les postures des artistes les plus conceptuels du moment.

Autre élément passionnant: ce que cette subite reconnaissance artistique (accompagnée de notoriété, d’égards, d’argent) va produire sur le couple de Léa. Dans un registre beaucoup plus réaliste, Vincent Cassel excelle une nouvelle fois. Il est sincèrement désemparé par sa propre femme, qu’il ne reconnaît plus alors qu’elle sort de son cocon. L’acteur donne sa vraie profondeur au film, et l’entraîne loin de la comédie à thème, vers plus d’intimité. Autre mérite de "Bonheur des uns…": éviter le piège de la gentillesse, pour vraiment traiter son propos. Cet aveuglement où on se retrouve tous à s’imaginer génial, "comme lui", "comme elle"… Une frustration bien sûr exacerbée par le syndrome "miroir, mon beau miroir" (dis-moi qui est la plus belle en ce royaume?). Le miroir, ce sont aujourd'hui les réseaux sociaux. Mais ça peut aussi être votre meilleure amie. Et l’art dans tout ça? Juste un tremplin. Juste un moyen.

Comédie

"Le bonheur des uns…"

 ♥ ♥ ♥ ♥

De Daniel Cohen

Avec Bérénice Bejo, Vincent Cassel, Florence Foresti, François Damiens…

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés