Le charme désuet du héros malgré lui

Bande-annonce "Mes jours de gloire" avec Vincent Lacoste

De temps en temps, le cinéma français nous réserve une petite pépite d’intelligence et de sensibilité. Avec Vincent Lacoste, lunaire comme on l’aime.

Adrien a oublié les clefs de son appartement à l’intérieur. Donc il appelle les pompiers, prétextant une fuite de gaz. Et il remonte discrètement chez lui par la grande échelle... Convoqué au poste de police, il s’excuse sincèrement. Promet de ne plus recommencer. En sortant, il fait la connaissance d’une jeune fille, à qui il confie qu’il est comédien. La preuve: il vient d’obtenir le rôle principal dans le nouveau film d’un réalisateur allemand, un film sur… la jeunesse du général de Gaulle. Malgré cette bonne nouvelle, on sent que ça ne va pas super bien dans la vie d’Adrien.

Il s’est fait jeter de chez lui pour retard de paiement, et invente des puces de lit pour rentrer vivre chez sa mère (Emmanuelle Devos), qui le loge sur le divan – un authentique divan de psychanalyste – car tel est son métier. Quant au père (Christophe Lambert, en pleine forme), il a pris refuge dans la chambre de bonne pour travailler sur son "grand projet" – qui consiste à boire en cachette. Adrien va-t-il réussir à rebondir telle une balle magique? Et si oui, dans quelle direction?

Rappel à Truffaut

"Mes jours de gloire" constitue en fait une plongée progressive dans l’intimité du héros.
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Quoi de plus rafraîchissant – et de plus prenant – qu’une petite comédie française qui avance masquée? Sous des dehors de chronique parisienne amusante, "Mes jours de gloire" constitue en fait une plongée progressive dans l’intimité du héros. En cela, le film rappelle le travail d’un certain François Truffaut. Rien que ça. Et Vincent Lacoste mérite ici plus que jamais son surnom d’Antoine Doinel des années 2010. C’est un plaisir de le voir déambuler à travers Paris en questionnant le réel de sa simple présence.

Car Adrien, qu’on se le dise, semble avoir décidé de mener sa vie en Absurdie. Puisque rien n’a de sens en ce bas monde, sans doute peut-on donner du sens à ce qu’on veut… Une rencontre avec une collégienne de 15 ans. Une soirée déguisée (en femmes) avec ses anciens colocataires. Ou un rendez-vous avec son notaire, où il faudra chèrement vendre sa peau…

Dans le vrai

Vincent Lacoste (voir portrait en encadré) évolue comme un poisson dans l’eau dans cet univers fait pour lui. On sent une connivence avec cet Adrien qui, s’il subit sa vie, est en même temps terriblement dans le vrai. Car tout ici sonne juste: la lumière sur les ponts de Paris, la musique sifflée comme un hommage à Micheline Dax, et bien sûr les dialogues – emprunts à la fois de quotidien et de grâce. La seconde moitié du film nous entraîne lentement mais sûrement vers plus d’intimité, et plus de drame, pour nous laisser finalement en empathie avec tous les personnages. Tout cela, dans un premier film. Bravo.

Vincent Lacoste: tête à claque – mais pas que…
Avec seulement 26 ans au compteur, cela fait déjà plus de 10 ans que sa silhouette dégingandée, son sourire en coin et ses cheveux rebelles font partie du paysage cinématographique français. De film en film, Vincent Lacoste impose un personnage un peu lunaire, qui oscille entre l’anti-héros poétique qui subit son existence ("Amanda"), et le jeune Parisien goguenard à qui on a envie de remonter les bretelles ("Les beaux gosses", "JC comme Jésus-Christ", "Lolo")…

Ça, c’est pour le premier abord. Car à bien y regarder, Lacoste sait aussi nous livrer des profils plus entiers, voire torturés, comme son jeune candidat médecin dans "Hippocrate"(2014), qui lui valut une de ses quatre nominations aux Césars. Magie du cinéma – et de son physique d’éternel ado: quatre ans après avoir incarné un (presque) médecin, Vincent Lacoste retourne sur les bancs de la faculté de médecine dans "Première année" (toujours signé Thomas Lilti). Un film qui rassemble plus d’un million de spectateurs, et qui assoit encore un peu Lacoste dans la profession. Car, l’air de rien, il fait partie du club assez fermé des acteurs "identifiés" par toutes les tranches d’âge.

CitationQue ce soit dans "Saint Amour" en chauffeur de Poelvoorde et Depardieu, ou en babysitter (et plus si affinités) d’une Virginie Efira dépassée dans "Victoria", il est toujours d’une justesse étonnante – comme si ce n’était pas un personnage incarné par un acteur, mais Vincent Lacoste qui passait par là. C’est cette vérité qui lui valut d’ailleurs le prestigieux prix Patrick-Dewaere en 2016. Comme disait Louis Jouvet: "La technique c’est bien, mais il faut aussi charmer." Et charmer, Lacoste sait le faire. Malgré sa tignasse, son drôle de sourire et sa diction pleine de détachement, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. La magie opère une fois de plus ici, dans "Mes jours de gloire", cette chronique douce-amère où Lacoste nous dit ce qui donne un sens à la vie – ou pas.

Bande-annonce "Mes jours de gloire" avec Vincent Lacoste

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