Le dernier râteau de Casanova

©Carole Bethuel

Benoît Jacquot plante Casanova face à son double féminin alors qu’il décline dans le Londres libertin. Mais, à contre-emploi, le couple Stacy Martin-Vincent Lindon ne séduit pas.

"Dernier Amour"

Note : 2/5

De Benoît Jacquot.

Avec Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino...

On a connu Casanova adolescent chez Comencini, jeune adulte chez Lasse Hallström, à son apogée flamboyante chez Fellini et voici qu’on le rencontre à la fin de sa vie chez Benoît Jacquot. Le réalisateur français, qui s’est délecté des mémoires du célèbre aventurier, a retenu un chapitre peu, voire pas connu. Celui où, en exil à Londres, Casanova, alors dans la quarantaine, tombe dans les filets d’une jeune prostituée de haut vol, Madeleine de Charpillon aussi connue comme la Charpillon. C’est cet épisode que relate à une visiteuse le vieux Casanova alors qu’il finit ses jours en Bohême comme bibliothécaire. "J’ai toujours été ami de toutes les femmes, sauf une", reconnaît-il.

Trente ans auparavant, soit en 1763, l’homme, que sa réputation avait précédé, découvre Londres et la société libertine anglaise. L’une comme l’autre ne cessent de l’étonner. Invité dans les grandes soirées mondaines comme dans les parties fines, il est intrigué par une très jeune femme. Une embobineuse professionnelle comme on le comprendra vite.

De la même façon qu’il avait dépeint la cour de Versailles sur le point de s’effondrer dans "Les Adieux à la Reine", en 2012, Benoît Jacquot illustre la "bonne" société anglaise de la seconde partie du XVIIIe siècle. Ses nobles uniquement intéressés par les plaisirs – du jeu, de la chair et de la chasse – et bien moins souvent par l’esprit et les Lettres. Ses aventuriers qui gravitent autour d’eux comme cette cantatrice aussi organisatrice de soirées – incarnée par la sublime Valeria Golino – obligée de prendre la fuite car elle ne peut payer ses innombrables dettes.

DERNIER AMOUR Bande Annonce (2019) Vincent Lindon, Romance

Tragique de la séduction

Tout est merveilleusement décrit, éclairé à la chandelle ou à la lumière crue du jour. Dans cette fresque d’un monde en déclin, il y a donc aussi ce presque naufrage d’un séducteur. Vincent Lindon, qui récemment avait joué des personnages contemporains comme un journaliste d’investigation ou un syndicaliste, a absolument voulu incarner ce Casanova-ci. Pour porter la perruque, des redingotes brodées et des bas de soie? Non, sans doute. Pour approcher un mythe d’homme à femmes qui ne cesse de fasciner? Peut-être.

Plus vraisemblablement, ce moment charnière où Casanova se heurte à une sorte de double féminin et bascule dans une dimension nouvelle et tragique a dû intéresser l’acteur. Cependant, on peine à imaginer qu’il puisse avoir été, un jour, dans ces habits de serial lover et d’aventurier de grand chemin.

Aucune alchimie entre les deux protagonistes ni l’éblouissement de la rencontre amoureuse à laquelle le Casanova mature avait cru.

Face à lui, Stacy Martin (lancée en 2013 par Lars Von Trier dans "Nymphomaniac"), avec son physique éminemment moderne, ne parvient pas non plus à nous convaincre en prédatrice sexuelle d’époque. Du reste, on ne sent aucune alchimie entre les deux protagonistes principaux. Il n’y pas l’éblouissement de la rencontre amoureuse. Celle à laquelle le Casanova mature avait cru.

S’il a été berné, nous le sommes aussi un peu. Mais la photographie de ce milieu à cette époque vaut tout de même le détour. Et le récit du dernier râteau que s’est pris Casanova méritait bien un film.

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