Le Palace, le cinéma qu'on n'attendait plus

©BELGA

Cela fait près de 15 ans que les Bruxellois sont "interdits de Pathé Palace". Changements multiples dans la gestion, chantier pharaonique… tout cela semble oublié, pour laisser la place à un ambitieux programme.

"C’est pas trop tôt!" s’exclament les sceptiques et les détracteurs. "Tout vient à point à qui sait attendre", répondent les gestionnaires, Luc Dardenne en tête. Il faut dire que cela fait plus de 10 ans que l’ASBL Le Palace annonce une réouverture imminente. Mais le joyau de l’architecture Art Nouveau semble être gourmand en termes de budget: après la période Kladaradatsch (1999-2001) et la reprise par le Théâtre National (2002-2004), le 85 du boulevard Anspach a nécessité une sérieuse remise à niveau.

Et si ça a pris tellement de temps, nous explique une autre tête pensante de l’ASBL, Patrick Quinet (Artémis Productions), c’est que le bâtiment est classé. "Pour chaque mur à percer, il fallait vérifier si on avait bien le droit de le faire. Le Foyer Hamesse, par exemple, a été restauré avec la complicité des Monuments Sites et Fouilles. Et pour chaque intervention il fallait initier un appel d’offres au niveau européen. On est très, très loin d’un chantier classique."

Festif et événementiel

Le moins que l’on puisse dire c’est que le jeu en valait la chandelle. Le Palace (on oublie le patronyme de Pathé, même si le coq emblème du distributeur français trône toujours fièrement au sommet du fronton) est un lieu qui impressionne. Passées les grandes portes, on découvre de nombreux lieux de convivialité, de rencontre, d’échanges. Sans parler des salles proprement dites (4, de 60 à 373 places), le tout dans un style avant-gardiste où le béton brut côtoie les grands à-plats de verre.

©Dieter Telemans

L’idée maîtresse est de ne pas se contenter de proposer des films, aussi bons soient-ils. Une soirée au Palace sera synonyme de festive et événementielle: avant-premières, rencontres… Sans oublier la bonne bouche, grâce à un bar, un restaurant d’une centaine de places, et un espace "sur le pouce".

"On sait aujourd’hui qu’il faut proposer une offre étoffée pour sortir le cinéphile de sous sa couette, où il regarde douillettement ses séries favorites, explique Patrick Quinet. Au Palace, on pourra croiser ceux qui font vraiment des films, voire, le cas échéant, refaire le monde en leur compagnie autour d’un verre".

"Au Palace, on pourra croiser ceux qui font vraiment des films."
patrick quinet
ASBL Le Palace

La programmation se veut tournée vers le cinéma Art et Essai, subventions obligent, mais pas seulement. Le cinéma populaire intelligent (style "Dunkerque") sera également le bienvenu, pour panacher les publics et favoriser une certaine mixité sociale. La programmation a été confiée à Nicolas Gilson, auteur depuis des années d’un excellent blog de critiques (Un grand moment de cinéma), et qui assure en parallèle une chronique ciné sur Musique 3.

"Nous croyons en l’avenir de la salle"

Interrogé sur la pérennité d’un nouveau cinéma au centre de Bruxelles, avec en filigranes la multiplication des écrans domestiques, Luc Dardenne s’est montré confiant. "Sans la sortie en salles, un film n’a pas de renommée. Il faut ce passage par les critiques, le bouche à oreille, les avant-premières, le grand écran. Netflix a choisi de faire l’impasse sur la salle. Amazon a compris qu’elle est indispensable. Résultat: Netflix a produit 127 films, certes, mais sans renommée. Nous croyons en l’avenir de la salle."

©Dieter Telemans

L’équilibre financier du complexe dépendra pour 20% seulement de subventions, et pour 80% d’un autofinancement, où l’horeca occupera une place de choix. Le but est de faire 100.000 entrées la première année, 125.000 au bout de trois ans.

Pourquoi ne pas investir dans les cinémas "déjà existants", et si méritants, comme Les Galeries ou l’Aventure? s’interrogent certains. D’abord, parce que le lieu existait, et qu’il aurait été triste, voire scandaleux de le laisser dépérir, pour ensuite le voir racheté par une enseigne ou un promoteur. Et puis ne boudons pas notre plaisir: le Palace est une vitrine exceptionnelle, un lieu qui en jette, un écrin de plus pour célébrer les liens de plus en plus étroits qui lient la Belgique au 7e Art.

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