"Le pape devrait visionner mon film" (François Ozon)

©Mars Films

Sorti en France il y a un mois, et mercredi prochain chez nous, "Grâce à Dieu" de François Ozon défraie la chronique: demande d’interdiction (finalement rejetée), puis succès populaire (750.000 entrées). L’Église va-t-elle enfin faire face à ses responsabilités, par film interposé?

Le cinéma n’est-il que le lointain reflet du réel, via une décantation lente? Ou bien a-t-il un impact direct sur l’actualité sociale et politique? François Ozon a longtemps été partisan de la première hypothèse. Il auscultait, dans un univers très psychologique, parfois symbolique et souvent sulfureux, les pulsions qui sont les nôtres: amours interdites, non-dits, tabous, secrets de famille, faux-semblants,…

Avec "Grâce à Dieu", il se fait l’écho d’une actualité brûlante: l’affaire Barbarin (L’Echo du samedi 23 mars), du nom de ce cardinal lyonnais condamné par la justice pour n’avoir pas dénoncé à la Justice française un prêtre pédophile. Cardinal dont le pape vient de refuser la démission.

Au-delà de la figure du prêtre pédophile s’en dessine une autre, bien plus terrible encore: celle du cardinal.

Dans le film, la vérité apparaît par touches, alors que les langues des anciens scouts abusés se délient. À toutes les étapes, l’hypocrisie de l’Église règne sans partage, avec tous les artifices imaginables. "C’est le fonctionnement de beaucoup d’institutions, nous dit François Ozon. Sous une apparence de bienveillance, on mène les victimes en bateau. La perversité suprême, c’est quand ça émane d’un organisme qui prône l’amour et le respect sacré de l’innocence. ‘Laissez venir à moi les petits enfants’, etc. Ici l’institution garde sciemment en son sein la brebis galeuse. Le pape a déclaré récemment une tolérance zéro. Mais les actes ne suivent pas. Il devrait sans doute regarder mon film."

Au-delà de la figure du prêtre pédophile, qui dans les faits a reconnu ses crimes dès les premières confrontations, s’en dessine une autre, bien plus terrible encore: celle du cardinal. Là, c’est le portrait d’un homme de pouvoir que dessine Ozon.

Bande-annonce


Omerta

"Ce qui est passionnant à observer, c’est comment, en demandant le pardon, ils arrivent en fait à prolonger durablement le silence. Ce n’est pas un vrai mea culpa, mais une séance collective où on prie, où on se donne la main, où on établit en fait un nouveau pacte: que ça reste entre nous."

Ozon est connu pour la perfection formelle de ses films ("8 femmes"), et pour la densité psychologique de ses personnages ("Sous le sable", "Dans la maison"). Ici il allie les deux: film d’enquête au montage haletant, et galeries de portraits (de victimes). "Être dans l’actualité stricto sensu ne m’intéresse pas. Ici, elle m’a rattrapé. Je voulais montrer des hommes qui expriment leurs émotions, ce qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma, où l’homme doit être dans l’action et où la femme porte l’émotion. Cette histoire terrible permet d’inverser les rôles. D’écouter des hommes qui s’expriment. Enfin."


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