Le "petit" film qui a fait battre les cœurs à Cannes

©rv doc

"120 battements par minute", de Campillo, a reçu le Grand Prix cannois. Un film époustouflant sur les années Sida et la lutte du mouvement Act Up.

"120 battements par minute"

Note : 4/5

De Robin Campillo

Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois…

À Cannes cette année, un "petit" film français a rapidement fait le buzz. Projeté tôt dans la compétition, "120 battements par minute" étendait sa réputation, d’heure en heure. Journalistes et festivaliers de se précipiter aux projections, histoire de ne pas rater ce qui pourrait, dix jours plus tard, revenir palmé.

Sur le papier, il ne s’agissait "que" du troisième film d’un cinquantenaire souriant, auteur du déjà remarqué "Les Revenants". Mais sur l’écran, il s’agissait de tout autre chose: un grand moment de cinéma. En plus de son sujet brûlant – les années Sida et les actions d’Act Up-Paris –, le film proposait une grande histoire d’amour, et un véritable hymne à la vie.

Paris, début des années 90. Bienvenue dans la fourmilière. Bienvenue chez Act Up. Ici, tout le monde a un avis sur tout. Pas question de perdre de temps, pas question de rester inactif, mais pas question non plus de faire n’importe quoi. Tout est pensé, réfléchi et décidé tous ensemble, en suivant les règles strictes de prise de parole dans l’amphithéâtre. Une seule obligation commune à tous: en rejoignant le groupe, quel que soit votre état de santé, vous acceptez de passer pour séropositif. Car il y a un message à transmettre aux politiques et à l’opinion publique: on en a marre de mourir et de voir ses amis tomber dans l’indifférence. Parmi les nombreux profils de militants qui, ensemble, dressent le portrait de l’action, voici Sean, qui jette ses derniers feux dans la bagarre, et puis voici Nathan, le nouveau venu qui tombe sous son charme…

120 battements par minute - bande-annonce

L’écriture et le rythme

"120 battements par minute" ne se contente pas d’être une extraordinaire reconstitution historique. Ni un plaidoyer pour rendre justice à cette génération de jeunes conspués par l’opinion publique et méprisés par le pouvoir politique. "120 battements par minute" nous emporte. Son style énergique, plus vrai que vrai, n’est pas le fruit du hasard. Car Robin Campillo, s’il ne signe ici que son troisième film, était l’un des deux concepteurs d’"Entre les murs", la Palme d’or surprise remportée en 2008 par Laurent Cantet. Scénariste mais aussi monteur de la plupart des films de Cantet, Campillo reste fidèle à ses premières amours: l’écriture et le rythme.

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Sur une musique d’Arnaud Rebotini, musicien électronique fondateur de Black Strobe, il jongle subtilement avec le réel et la fiction. Les séquences de débats sonnent juste, tout comme l’histoire d’amour, où Campillo ne fait pas fi de la dimension physique. Le réalisateur s’autorise une grande liberté dans les différents fils dramatiques qu’il nous fait suivre, n’hésitant pas à de courts flash-backs, comme ceux qui viennent éclairer les anciennes relations des protagonistes.

Le film rejoint ainsi la liste, pas si longue finalement, des œuvres qui ont réussi à évoquer l’épidémie du Sida en transcendant les faits grâce à une passionnante dramaturgie: "The Dallas Buyers Club", "The Normal Heart" et bien sûr la minisérie "Angels in America" (avec Meryl Streep, Al Pacino et Emma Thompson).

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