chronique

Le plus beau métier du monde

Cluzet nous revient en docteur malade, obligé de déléguer, dans un film plein d’humanité.

Le Docteur Werner est sur les routes du matin au soir, et du soir au matin. Pilier de cette région rurale, il pratique la médecine de village à l’ancienne: en arpentant les routes. Jean-Pierre, pour les intimes, n’est pas seulement là pour ausculter, il est là pour rassurer, pour conseiller, pour apporter le label "le docteur l’a dit". Lorsqu’il apprend qu’il est lui-même atteint d’un cancer dont l’issue est incertaine, le docteur est obligé d’accepter la présence à ses côtés d’une "jeune" diplômée. Enfin, pas si jeune. Car avant de conquérir ses galons, Nathalie a été infirmière pendant des années. La remplaçante n’est pas bienvenue dans le monde huilé de Jean-Pierre, et le gentil docteur n’a pas l’intention de se montrer particulièrement tendre avec elle. Après tout, ce ne serait pas lui rendre service…

Il y a cinq ans, François Cluzet confirmait son immense talent avec le méga succès d’"Intouchables". Là, il était l’objet de toutes les attentions médicales. Aujourd’hui, dans "Médecin de campagne", c’est à son tour de veiller au grain. Un rôle qui lui va comme un gant: à 30 ans, le jeune acteur a failli tout laisser tomber pour reprendre des études… de médecine. Le rêve de son père, parti "de trop bas" pour y arriver, selon les dires de Cluzet. Le personnage du Dr Jean-Pierre Werner lui colle à la peau, au point qu’aujourd’hui, en France, Cluzet se fait interpeller par des gens persuadés qu’il a été réellement médecin avant de jouer la comédie. Perfectionniste obsessif, Cluzet a passé six mois à fréquenter les salles d’attente, afin d’arriver le plus prêt possible. Et ça se voit.

Médecin de campagne (Bande annonce)

Aux manettes, pas le premier réalisateur venu, mais un vrai généraliste, qui nous avait livré l’un des meilleurs films français de l’année 2014: "Hippocrate". Là, Vincent Lacoste et Reda Kateb rivalisaient d’authenticité, au service d’un film qui "sentait le vécu". "Hippocrate" était en quelque sorte le pendant symétrique de "Médecin de campagne". Car si on a coutume de dire que la médecine est "à deux vitesses", elles sont parfaitement illustrées par les deux films: une médecine de grande ville, anonyme, pas toujours efficace, et déshumanisée dans "Hippocrate". Une médecine proche des gens, parfois plus tâtonnante, mais au final sans doute plus juste, et mieux ressentie par le patient, dans "Médecin de campagne".

Un portrait simple et touchant d’un être humain qui a beaucoup d’amour à donner.

De cette expérience personnelle, Thomas Lilti a donc su tirer le meilleur. Et le meilleur, ce n’est sans doute pas l’originalité d’un scénario un peu trop balisé, mais bien le rapport avec les patients, à qui on s’identifie au moins autant qu’au médecin ou qu’à sa remplaçante. La plupart sont des non professionnels, ce qui ajoute la touche d’authenticité qui manque souvent aux gros films français calibrés "grand public".

©Jair Sfez

Mais la magie qui se dégage du film ne tient pas seulement en ces trois arguments: sujet, acteur, réalisateur. Il y a toute la subtilité du sous-texte, que Cluzet récite avec sa légendaire discrétion, et toute l’efficacité que le public apprécie depuis 30 ans. Comme les plus grands, il a ce don pour tirer le meilleur de ses partenaires, dans un mode qui frôle sans cesse la comédie sans toujours y basculer tout à fait. Marianne Denicourt (déjà dans "Hippocrate") est parfaite dans ce registre où il faut rebondir sur son partenaire de jeu, mais sans trop en faire. Au final, voici un portrait simple et touchant: pas seulement celui d’un métier qui se perd, celui d’un être humain qui a beaucoup d’amour à donner. Et, s’il se le permet enfin, à recevoir.

"Médecin de campagne" Note: 3/5

De Thomas Lilti Avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Christophe Odent…

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