Le retour aux sources de Bérénice Bejo

Bérénice Bejo (à d.) et Martina Gusman: comme un air de famille. ©Wanda Visión

Un mélodrame familial argentin aux accents freudiens, et politiques. Avec Bérénice Bejo pour la première fois dans sa langue et dans son pays d’origine: l’Argentine.

Pablo Trapero n’est pas le premier venu, mais l’un des leaders de la nouvelle génération de cinéastes argentins. En 2015, il signait "El Clan", un film vertigineux qui retraçait l’histoire vraie d’une famille de kidnappeurs dans le Buenos Aires des années 80. Avant cela, "Carancho" avait marqué les esprits: l’immense Ricardo Darin y incarnait un avocat véreux, et amoureux. Il nous revient avec un drame familial envoûtant, où il offre les rôles principaux à sa femme, Martina Gusman, déjà remarquée à Cannes dans le très puissant "Leonera" (2008), et à Bérénice Bejo, qui joue pour la première fois dans le pays qui l’a vue naître il y a 43 ans.

La force du film, c’est l’originalité de son sujet: l’exploration des tensions familiales, dans une espèce de découverte progressive des couches de réalité.

Une incroyable hacienda, avec ses murs rouges qui tranchent sur le vert de l’impeccable gazon. Le maître des lieux, un vieux monsieur très bien mis, se rend à la capitale chez son notaire, en compagnie de sa fille Mia. Mais une crise cardiaque le terrasse. Quelques jours plus tard, la sœur Eugenia débarque de Paris. Dans la (trop?) grande maison, la mère accueille ses deux filles, très complices, et qui semblent ravies de se retrouver. Bientôt une ambulance amène le père, dans le coma: il sera médicalisé chez lui. Les visites se succèdent, dont celle du fils du notaire, également amant de longue date d’Eugenia… Dans la grande maison, les faux-semblants se mettent à émerger peu à peu. Quel secret préside à l’équilibre – précaire – de cette famille?

La force du film, c’est l’originalité de son sujet: l’exploration des tensions familiales, dans une espèce de découverte progressive des couches de réalité. Une réalité que les membres de ladite famille ont bien voulu (se) masquer au cours des années, et qui ne surgit que dans une certaine violence. Même si le film aurait pu jouer encore plus la carte du suspense, pour nous rendre complices, ou du moins partie prenante à part entière.

LA QUIETUD | Tráiler oficial (HD)

De l’intime au politique

Ainsi, certaines séquences nous accrochent littéralement aux deux héroïnes, à l’énergie animale qui les soude. D’autres nous laissent plus indifférents. Mais c’était sans doute là une volonté du réalisateur, qui souffle le chaud et le froid, et qui préfère des personnages ambigus, voire parfois agaçants, à des enveloppes, ou à des psychologies plus simples.

Drame
"La Quietud"

Note: 3/5 | De Pablo Trapero. Avec Bérénice Bejo, Martina Gusman, Edgar Ramirez,...

Et puis tout change… On quitte le mélodrame et, dans un troisième acte dont nous ne pouvons rien révéler, le propos glisse vers le politique. La dimension d’abord intime des sœurs, puis conflictuelle de la famille, prend alors un caractère argentin au sens large, historique, sociologique, et nous voici face à des questions extrêmement larges, passionnantes, où il sera question d’honneur, de compromis, de pouvoir, de dictature. En filigranes se dessine même une critique de notre société autoritaire, matérialiste, patriarcale, et de cette "loi du plus fort" qui la fonde, et qu’elle continue de vénérer. En toute quiétude.

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