chronique

Les affinités musicales de Bouli Lanners

"Les premiers, les derniers", concert-film le 17 mai au Cirque Royal dans le cadre des Nuits Botaniques.

Réalisateur, acteur, peintre, Bouli Lanners est aussi un grand amateur de musique, laquelle est loin de tenir un rôle de figuration dans son univers contemplatif, où une country rock habitée pointe régulièrement sa gueule d’atmosphère. La bande-son est toujours originale pour celui qui se définit parfois comme le dernier punk wallon. Car, sous ses airs de nain de jardin, ce n’est pas celui des compères de Blanche Neige qu’il fredonne, mais plutôt un refrain d’americana, qui aurait quelques accents de chez nous

Ainsi pour "Ultranova", son premier long métrage, engage-t-il Jarby Mc Coy, bon Belge qui, malgré son nom et sous ses allures de Bobby Lapointe, signe une sorte de belgicana, country folk déglinguée et claudicante. Le Montois Renaud Mayeur, ancien guitariste des vrombissants La Muerte, prend le relais pour les deux films suivants. A la "mort" de son groupe de rock alternatif culte, le musicien discret forme Hulk, dont un des quatre albums bénéficie de la collaboration du mage du genre, Chris Goss, et d’un certain Jesse Hugues, des Eagles of Death Metal. Influencé par le blues, le rock américain et l’americana, Renaud Mayeur signe la BO d’"Eldorado" et intervient également dans "Les géants". Dans ce film-ci, voici 5 ans, un certain Bony King, chanteur flamand qui a choisi l’anglais, se fait découvrir, côté francophone. Sa folk envoûtante fait merveille et tient son rôle dans le succès critique du film. Invité sur le tournage par le réalisateur wallon, le musicien flamand, peu intéressé au départ, change d’opinion et se prend au jeu: "J’ai improvisé un petit studio à l’hôtel où la production m’avait installé et j’y ai composé et enregistré les chansons. Bouli les a écoutées sur le plateau, choisissant celles qu’il préférait, sans jamais me demander de modifier quoi que ce soit. Que la musique soit en harmonie relève d’une coïncidence", confie-t-il, modestement.

©wikipedia

Fan de musique américaine, Bouli Lanners adore le Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, et son vaudou-rock abîmé et noir. C’est vers une telle musique habitée, ample, modeste et fervente, qu’il se tourne pour son western aux accents bibliques, "Les premiers, les derniers". Durant l’écriture, le réalisateur écoute en boucle le groupe américain Sixteen Horse Power et sa country mystique, une dark folk qu’interprète David Eugène Edward, désormais leader de Wovenhand, un musicien habité qui est lui-même fils de prédicateur américain et qui signe le morceau de générique de fin des "Premiers, les derniers". Le réalisateur confesse aussi apprécier Nick Cave ou Mark Lanegan, "rockers anglo-saxons qui évoquent Dieu dans leurs chansons sans que cela pose question, alors qu’en Europe, le sujet est tabou ou presque. Raison pour laquelle j’avais envie d’ouvrir le débat avec ce film."

La dobro de Pascal Humbert

A l’image de son cinéma qui, jusqu’ici, évoque un grand Ouest européen, c’est d’ailleurs vers un Français américanisé que s’est tourné le réalisateur: Pascal Humbert, ancien membre de… 16 Horsepower. La musique additionnelle qu’il a composée s’insère parfaitement dans le film, toujours dans le même registre country mystique… Humbert est cette sorte de fils prodigue, revenu des Etats-Unis après un séjour de 22 ans, pour former Detroit avec Bertrand Cantat, l’ancien chanteur de Noir Désir. Un morceau du duo se retrouve d’ailleurs sur la bande-son du film.

Lanners a invité ce musicien dans sa maison au fin fond des Pyrénées pour qu’il imagine, sur sa dobro, guitare en acier soudé des années 30, dont le vibrato est un enjoliveur de Chevrolet, l’univers musical de son western biblique. "Trois notes et vous vous retrouvez dans l’univers de Sixteen Horse", sourit Lanners.

Pascal Humbert recréera, en live, la musique du film, lors de sa projection au Cirque royal, le 17 mai. Le réalisateur wallon a ainsi déniché son Eldorado musical. Une musique qui est la patine de son film, qu’il n’a certes pas composée, mais dont il a, en tout cas, imaginé la tonalité en compagnie du musicien. Car, si Bouli Lanners est le premier à s’enthousiasmer pour les tenants du folk-rock abîmé, ce fan de musique n’est pas le dernier à s’y essayer.

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