Les César prouvent que le cinéma est toujours là!

Marina Foïs ©PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

La 46ᵉ cérémonie des César se déroulera le 12 mars, diffusée sur Canal+ en clair et en direct depuis l'Olympia. Une manière de célébrer un renouveau, ou de se voiler la face?

Bon ben, comment dire? On va célébrer la grande la fête du cinéma... alors que les salles sont fermées depuis des mois. Du jamais vu, évidemment. Est-ce que la cérémonie va marquer un nouveau départ? Ou enterrer définitivement le 7e Art, menacé par les plateformes? À en croire la maîtresse de cérémonie Marina Foïs, les deux. Comme le prouve d'ailleurs le teaser qui fait le buzz depuis le 20 février...

Dans un esprit de parodie, Marina Foïs marche vers le spectateur en robe lamée, sans le quitter des yeux, et lui assène les phrases toutes faites qu'il a déjà entendues mille fois: le cinéma qui nous a tant manqué, et nous public, qui avons tant manqué au cinéma... douloureusement... éperdument (reprenant bien sûr au passage les mots d'Annie Girardot). Derrière elle, les images des films qui ont marqué 2020 (il faut le dire vite). Dans sa bouche, des formules pontifiantes où tous les titres en lice forment une phrase qui ne veut pas dire grand-chose. Et puis... elle se casse la figure. La musique s'arrête. On la retrouve prostrée à côté du tapis roulant arrêté. Un technicien distrait ne fait rien pour elle. On se dit: ah ben oui, c'est plutôt ça, le cinéma, modèle 2021. Après un temps assez long, Marina Foïs sort du cadre, en rampant comme un insecte à moitié écrasé.

Cette pirouette tragique nous dit peut-être que ça ne va pas si mal: tant qu'on arrive à rire de soi, c'est bon signe. Et pour rire de soi – ça changera des pitreries de Kad Merad qui plombent l'ambiance depuis des années –, la nouvelle équipe a du répondant: outre Marina Foïs, voici Roschdy Zem en président, Blanche Gardin et Laurent Lafitte à l'écriture des sketchs, et Benjamin Biolay à l'accompagnement musical de la soirée.

46ᵉ cérémonie des César - Vendredi 12 mars à 21h sur CANAL+

Scandales

Une nouvelle équipe: il était temps! L'année dernière à la même heure (enfin, un peu plus tôt pour cause de non-Covid), deux scandales venaient entacher les César, coup sur coup. D’abord les accusations de sexisme et d’entre-soi qui ont finalement donné lieu à la démission d’Alain Terzian. Dorénavant, l’association sera constituée de 164 membres élus, 82 hommes et 82 femmes. Leurs électeurs: les 4.300 membres de l’Académie, issus de la profession. On s'est également défait des passe-droits, ces 18 "membres de droit" qui siégeaient jusqu’alors au titre de leurs prix et récompenses passées (l’Oscar dans le cas de Polanski, par exemple).

Ensuite, puisqu’on parle de Polanski justement, venons-en à l’autre scandale. C’était bien sûr celui étayé par Adèle Haenel et Céline Sciamma qui s’opposaient notamment à ce que le cinéaste d’origine polonaise soit primé après une nouvelle accusation de viol. Polanski, on s'en souvient, s'était déjà rendu coupable de rapports sexuels illégaux avec une mineure en 1977. Le fait que Samantha Geimer l'ait publiquement pardonné et réclamé l'arrêt des poursuites, n'empêche pas que le cinéaste de 87 ans soit toujours persona non grata aux États-Unis, mais aussi dans le cœur d'une partie de l'opinion publique, qui l'identifie parfois à un second Harvey Weinstein.

Fin de la récré?

Comment une salle vide (seuls seront présents les nominés et les remettants) va-t-elle sonner la fin de la récré et la reprise des affaires? Alors qu'aucune date, même symbolique, n'a été avancée pour la réouverture? La cause n'est pas gagnée. Les César, en effet, n'ont plus la cote. Le public en a marre des cérémonies trop longues et des présentateurs en roue libre. Le milieu lui-même a multiplié, ces dernières années, les sorties désabusées (à commencer par Juliette Binoche, mais aussi Marina Foïs – mais ça, c'était avant!). Et puis cette année, il n'y a pas de films complètement incontournables capables de faire la fierté de tout le milieu ("120 battements par minutes" ou "Au revoir là-haut", ayant remporté respectivement 6 et 5 César en 2018). Un peu maigre, 2021? Avec 6 mois d'exploitation sur 12, ce serait logique. Eh bien, pas sûr...

Les (bientôt) consacrés

"Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait" d'Emmanuel Mouret (13 nominations)

Un marivaudage plein d'esprit, signé par le réalisateur de l'excellent "Mademoiselle de Joncquières". C'est évidemment une surprise: plébiscité par la critique, il a rallié 250.000 personnes en salles dans l'Hexagone. Une pluie de César permettrait au film de gagner un nouveau statut.

"Adieu les cons" d'Albert Dupontel (12 nominations)

Cette farce farouchement anti-moderne n'a pas eu le temps de donner tout son jus. Les César pourraient couronner l'esprit "vitriol" de Dupontel. En attendant une ressortie.

"Été 85" de François Ozon (12 nominations)

On l'avait enterré un peu vite, le dernier Ozon, sous prétexte de "film mineur" du cinéaste. Une plongée sensuelle dans un univers homosexuel très années 1980 lorgnant sur "Call me by your name"? Pas seulement...

Les (presque) oubliés

"Effacer l'historique" de Benoît Delépine et Gustave Kervern (meilleur scénario)

Une seule nomination (meilleur scénario), sérieusement? Pour ce que beaucoup considèrent comme le film le plus fort de l'année, grâce à un propos aussi poétique que désabusé, aussi féroce qu'iconoclaste?

"Énorme" de Sophie Letourneur (meilleur acteur)

Seul Jonathan Cohen (meilleur acteur) émerge de cette très émouvante comédie sur la maternité/paternité – et tout ce qui donne un sens à la vie.

"Deux" de Filippo Meneghetti (meilleure actrice, meilleur premier film)

Pour nous, l'un des meilleurs films de 2020: une histoire d'amour entre deux voisines de palier, séparées par le destin. Deux César, sinon rien?

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"Adolescentes" de Sébastien Lifschitz (6 nominations)

Le documentaire réalisé par Sébastien Lifschitz, déjà couronné en 2013 pour le très puissant "Les invisibles", raconte la vie de deux copines à l’heure où tout change – le tout filmé sur 5 ans. Un outsider en sélection pour 6 César (Réalisation, Film, Photo, Son, Montage et bien sûr Documentaire): c’est peut-être ça la grande nouveauté du cru 2021.

Côté belge

Au rayon belge, qu'est-ce que vous avez? Trois actrices, trois techniciens.

Virginie Efira, totalement incontournable, porte sur ses épaules "Adieu les cons". Sa Suze Trapet rejoint les icônes de celluloïd, en mode "ceux qu’on n’oublie pas". Condamnée mais romantique. Faussement effacée, toujours extra vivante. Revenue de tout, mais bourrée de volonté de puissance. Notons qu’Efira est également nominée pour "Police" d’Anne Fontaine, cette même année.

Cette 5e fois pourrait être la bonne pour Émilie Dequenne (nominée dans un second rôle pour "Les choses qu’on dit…"), après "Rosetta", "Une femme de ménage", "L’équipier" et "Pas son genre".

Yolande Moreau, elle, a déjà obtenu la statuette… deux fois ("Quand la mer monte" et "Séraphine"). Ici, elle concourt pour un second rôle ("La bonne épouse").

Rayon chefs de poste, le directeur de la photo Hichame Alaouié est distingué pour la lumière d’"Été 85". Il avait déjà signé par exemple "Duelles" d’Olivier Masset-Depasse. La chef costumière Pascaline Chavanne en est elle à sa… 9ᵉ nomination, pour le même film (elle l’a déjà remporté deux fois). Le monteur son Fred Demolder pourrait réitérer la bonne surprise de l’"Odyssée", qui lui avait valu le César, cette fois avec le succès surprise (et mérité) de l’été, "Antoinette dans les Cévennes".

SYL. S.

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