Les Golden Globes 2021 font la part belle aux films engagés

La grande favorite: Chloé Zhao, déjà couronnée à Venise en septembre pour «Nomadland». ©EPA

Ce dimanche dans la nuit, tout Hollywood se réunit... en distanciel, s'il-vous-plaît. Mais qu'importe: avec ou sans tapis rouge, 2021 semble être un très bon cru.

Cette année, pas de Ricky Gervais pour faire rire – jaune – tout Hollywood. Pour cause de pandémie, la cérémonie sera entièrement virtualisée. Et, pour moitié, décentralisée, puisque Tina Fey sera en direct de New-York, avec quelques invités seulement (on parle de Michaël Douglas et Catherine Zeta-Jones), tandis que Amy Poehler sera à Los Angeles. Les heureux gagnants remercieront donc comme d'habitude père et mère (et producteurs, voire partenaires de jeu), mais depuis leur salon, et par webcam interposée.

Les femmes en force

Moins de glam, donc, mais sans doute plus de contenu. Le premier symbole fort, c'est le nombre de réalisatrices nominées dans la catégorie «meilleur réalisateur»: 3 sur 5. La grande favorite: Chloé Zhao, déjà couronnée à Venise en septembre pour «Nomadland». Un film très dans l'air du temps, et  à haute valeur symbolique ajoutée, puisqu'il nous raconte le quotidien d'une femme (Frances McDormand) qui vit seule dans son van, et qui rencontre sur sa route de nombreux nomades post-hippies. Pour incarner cette communauté (qui compterait plusieurs millions de personnes aux États-Unis), la réalisatrice a privilégié de vrais voyageurs, acteurs non professionnels.

NOMADLAND Bande Annonce (2021) Frances McDormand, Drame

Dans «Promising Young Woman» (avec Carey Mulligan dans le rôle-titre, également nominée), une jeune femme va de bar en bar et se prétend ivre pour faire ressortir la misogynie ambiante (et trouver vengeance). La réalisatrice, Emerald Fennel, est également actrice, et vous connaissez son visage si vous êtes fans de «The Crown»: c'est elle qui incarne Camilla Parker-Jones.

Troisième femme nominée: Regina King. Elle aussi, vous la connaissez puisqu'elle fut la compagne de Ray Charles dans «Ray». Présente au casting d’«If Beale Street Could Talk» (elle fait la mère), elle signe ici sa première réalisation en long-métrage, après de nombreux épisodes de séries télé. «One Night in Miami» (disponible sur Amazon) nous propose d'imaginer la rencontre plausible entre Mohammed Ali, Malcolm X, le chanteur Sam Cooke et la star du foot Jim Brown, au début des années 60. Comment organiser la lutte anti ségrégation? Vous avez une nuit...

Les autres favoris

Incroyable histoire que celle du dramaturge français Florian Zeller. Après avoir rencontré le succès au théâtre en 2012 avec sa pièce «Le père», il entreprend une adaptation au cinéma. Fantasmant sur Anthony Hopkins, il envoie le scénario à son agent, et finit par petit déjeuner avec l'acteur. Banco! Sa fille est jouée par l'oscarisée Olivia Colman (également nominée pour Elisabeth dans «The Crown», saisons 3 et 4), excusez du peu.

Autre Français en course: Tahar Rahim, face à Jodie Foster (également nominée en second rôle) dans «The Mauritanian», l'histoire vraie d'un détenu de Guantanamo qui fait un procès à l'Amérique.

The Mauritanian - Désigné Coupable Bande annonce VF

Niveau série, on retrouve tous les attendus: Hugh Grant et Nicole Kidman pour «The Undoing», l'excellente série «Unorthodox», Laura Linney et Jason Bateman dans «Ozark», et bien sûr «Le jeu de la dame» («The Queen's Gambit»), qui devrait tout rafler sur son passage.

Autre série à faire le buzz, mais pas pour les bonnes raisons: «Emily in Paris». Certains membres de l'Association Hollywoodienne de la Presse Etrangère (qui gère les Golden Globes) auraient été invités sur le tournage à Paris, en grandes pompes. De là à dire qu'on leur a forcé la main au moment du vote? L'association reste toute puissante, comme le prouve les attaques récentes d'une jeune journaliste norvégienne, furieuse qu'on ait décliné sa candidature, et qui entend bien faire bouger les choses. Nominer des réalisatrices, c'est bien mais, à Hollywood comme ailleurs, on reste assis sur ses privilèges.

Le Blues de Ma Rainey | Bande-annonce officielle VF | Netflix France

Les trois coups de cœur de L’Echo

"Le blues de Ma Rainey" ("Ma Rainey's Black Bottom")

(deux nominations: meilleure actrice Viola Davis et meilleur acteur Chadwick Boseman)

Ce film Netflix va peut-être réitérer l'octroi d'une statuette à titre posthume, comme c'était arrivé en 2009 pour Heath Ledger («The Dark Knight»). Dans cette adaptation d'une pièce de théâtre, Chadwick Boseman («Black Panther») incarne un jeune trompettiste de jazz, qui va enregistrer avec la star de l'époque (la fin des années 20), la très imposante Ma Rainey. Sur fond de discrimination, les affres de la création artistique font rage... Des dialogues ciselés, au profit d'un propos très actuel.

"Les 7 de Chicago" ("The Trial of the Chicago 7")

(meilleur film, meilleur réalisateur Aaron Sorkin, meilleur scénario, meilleur acteur dans un second rôle Sacha Baron Cohen, meilleure chanson)

Après être sorti discrètement sur Netflix à l'automne, le film fait son chemin. Aux commandes, le scénariste de «Social Network» et «Steve Jobs». A son service, une belle brochette: Eddie Redmayne, Joseph Gordon-Levitt, Jeremy Strong, Michael Keaton... Le procès fait aux organisateurs de cette manifestation anti guerre du Viet Nam va faire la lumière, entre autre, sur les violences policières...

"Borat 2" ("Borat Subsequent Moviefilm")

(meilleure comédie, meilleur acteur dans une comédie, meilleure actrice Maria Bakalova – disponible sur Amazon)

Décidément, il est partout, Sacha Baron Cohen. 14 ans après, le journaliste le plus débile de la planète revient. Il ne s'agit plus de nous fournir des «leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan». Dans cette «nouvelle mission filmée», c'est Trump et son électorat supposé qui sont en ligne de mire. Au menu, psychose collective sanitaire, et racisme ordinaire, sous couvert d'humour absolument débridé.

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