Les Oscars se bousculent en salle

Melissa McCarthy occupée à contrefaire des lettres de célébrités décédées dans "Can you ever forgive me?" ©Twentieth Century Fox

La course aux Oscars est bel et bien lancée. Cette semaine, pas moins de trois films en lice pour les récompenses, remises en grande pompe ce 24 février.

Ça n’arrête plus! La semaine dernière sortait "Green Book" (5 nominations), errance automobile sur fond de racisme, et la semaine prochaine on aura droit à "If Beale Street Could Talk" (3 nominations), adapté du roman de James Baldwin par le réalisateur de "Moonlight". En attendant, les sorties de cette semaine sont en lice pour 5 statuettes: Meilleur film en langue étrangère pour l’allemand "Werk ohne Autor", Meilleur documentaire pour l’époustouflant "Free Solo", Meilleur scénario adapté, Meilleure actrice et Meilleur acteur second rôle pour "Can You Ever Forgive Me?" 

"Can You Ever Forgive Me?" | Drame

Depuis une dizaine d’années sa dégaine de meilleure copine un peu vulgaire, un peu enrobée, nous est devenue familière. D’abord remarquée en chef coq dans la série "Gilmore Girls", puis dans "Mike et Molly", Melissa McCarthy s’impose dans "Mes meilleures amies", qui lui vaut une nomination à l’Oscar en 2012. Déjà, elle confisque toutes les scènes où elle apparaît, dont celle, restée engluée dans les mémoires, où elle est victime d’une intoxication alimentaire carabinée en plein essayage de robes de mariée.

Grimaces, borborygmes, imitation, elle fait feu de tout bois, jusqu’à obtenir des premiers rôles, où elle dépasse plusieurs fois la barre mythique des 100 millions de $ au box-office US: "Arnaque à la carte", "Les flingueuses" (avec aussi Sandra Bullock), "Agents presque secrets" ou "SOS Fantômes" – dans la version purement féminine. La voici dans un registre plus sérieux, où elle peut faire preuve d’une autre facette de son talent.

New York, 1990. Lee Israël, écrivain, est sur le carreau. En retard de loyer, elle n’a pas de quoi faire soigner son seul ami en ce bas monde: son vieux chat. Si elle s’invite chez la riche agente censée la représenter, c’est pour lancer quelques piques méchantes et voler le papier toilette. Au hasard d’un livre emprunté dans une bibliothèque, elle tombe sur une lettre signée, qu’elle va dérober et vendre à bon prix. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Aidée par un pilier de comptoir devenu son complice, elle va se venger de ce milieu littéraire qui l’a rejetée, en lui refourguant une pluie de contrefaçons…

Le film nous offre un kaléidoscope. Le portrait d’une femme à l’opposé des standards américains – ronde, peu portée sur l’hygiène, misanthrope, caustique. Le portrait également d’un Anglais peu recommandable mais aussi hilarant qu’attachant. Sans oublier celui de ce Manhattan underground qui a un peu disparu depuis, dans les tons bruns des bars et de ces librairies spécialisées pleines de lambris. Surtout, il nous propose un esprit "politically uncorrect" totalement salutaire, et qui apporte fraîcheur et lumière à ce film d’une subtile mélancolie.

Can you ever forgive me? | Bande-annonce

"Free solo" | Documentaire

Changement d’atmosphère pour cet ahurissant documentaire aux accents initiatiques. Nous voyageons en compagnie d’Alex Honnold, un jeune trentenaire qui vit seul dans son van. Son secret? Alex est le spécialiste mondial du "free solo" (solo intégral), cette technique d’escalade où on avance… à mains nues. Sans corde ni crampon, et à la grâce de dieu.

Alex est à la croisée des chemins: après avoir fait le tour de monde plusieurs fois, il s’apprête à défier El Capitan (ce piton qui sert de fond d’écran à la version du même nom de Mac OS X), soit le rocher le plus intimidant qui soit sur terre. Beaucoup d’alpinistes aguerris s’y cassent les dents… avec cordes et crampons. Alex, lui, va essayer d’en venir à bout en le caressant, en t-shirt, short et chaussures souples. C’est bien sûr l’aspect mental qui nous intéresse ici. Pourquoi un être jeune et en pleine santé va-t-il défier la mort dans un ballet où un faux pas d’un millimètre lui coûtera la vie? Parce qu’il en est capable, pardi. Le propre de l’homo sapiens n’est-il pas de toujours tester ses propres limites?

Free solo | Bande-annonce

"Werk ohne Autor" | Drame 

Dans le genre "grande fresque", nous avons déjà eu droit à "La vie des autres", du même Henckel von Donnersmarck, oscarisé en 2007. Au programme cette fois-ci: la vie d’un jeune peintre, inspirée de l’immense artiste contemporain Gerhard Richter.

Kurt Barnert voit sa vocation contrariée par le nazisme qui croît inexorablement à Dresde en 1937, tandis que sa tante est internée car trop encline à critiquer le système. Après-guerre, il fait la connaissance d’Ellie, qui deviendra l’amour de sa vie, mais croise aussi l’infâme médecin qui a "soigné" sa tante autrefois. Sa vocation artistique est toujours contrariée, mais cette fois par le communisme qui s’installe en Allemagne de l’Est… Hanté par sa jeunesse, il finira par trouver la voie de la création et une force suffisamment puissante pour panser ses traumatismes et ceux de toute une génération.

Une ode fascinante à l’art qui transmute l’amour, la haine, le pouvoir, l’histoire et la barbarie. Mais il faudra s’armer de patience, le film s’étirant sur… 188 minutes. On se laissera aller à la musique planante de Max Richter et à la photographie lyrique de Caleb Deschanel.

Werk ohne Autor (Never Look Away) | Bande-annonce

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